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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 15:20

Une invitée du CCFD Maria Estela Barco Huerta (un nom prédestiné pour s’occuper de la terre ) vient présenter à Lyon les projets de son association DESMI Développement économique et social des indigènes du Mexique créé en 1979.

Cette ancienne sœur franciscaine originaire de la capitale mexicaine est arrivée au Chiapas en 1976. La grande propriété de Morelia ne s’appelait pas encore Nueva Revolucion et appartenait à un seul propriétaire. Sur sa terre des indigènes en servage travaillaient de l’aube à la nuit sans aucun avantage sociaux ou économiques, comme au temps de l’esclavage. La Révolution mexicaine ne semblait pas être descendue jusque là. Et le système colonial prévalait toujours. Le rève de Zapata, « La terre appartient à ceux qui la travaillent » semblait s’être éteint avec lui. C’était sans compter sur le vent de l’Esprit soufflant dans plusieurs têtes. Celles d’évèques et de religieux prenant conscience que l’Evangile ne s’appliquait pas pour les indigènes et prenant « l’option préférentielle pour les pauvres », de Monseigneur Samuel Ruiz évèque de San Cristobal ; celle d’étudiants en philosophie de l’Université Autonome de Mexico, en butte à un gouvernement dictatorial et sanguinaire (140 assassinats en Octobre 68 lors d’une manifestation étudiante et populaire connue sous le nom de Massacre de Tatlelolco), suivie d’une guerre sale notamment dans l’état voisin de Guerrero, des prisonniers politiques et des disparus par centaines. Le ras le bol de certains indigènes chiapanecos, conscients qu’on leur volait depuis la colonisation cette Terre Mère pour eux sacrée et toute dignité en les privant de subsistance. Cette conjonction favorable donna naissance au Mouvement Zapatiste. D’abord mouvement armé de Libération EZLN. Massivement soutenu par le peuple mexicain. Les terres sont récupérées et les Fincas rendues au peuple, regroupées sous le nom de Caracol. Organisées politiquement dans un système d’autogestion « El Buen Govierno ».
Evidemment anciens propriétaires et gouvernement fédéral n’apprécient pas. L’armée fédérale envahit le Chiapas, tue, enlève, massacre sans pitié hommes femmes et enfants. Soulevant des réactions horrifiées dans la capitale. Alors à Mexico s’organisent des manifestations colossales réclamant le retrait des militaires et la signature de la Paix. Capitulant le gouvernement en vient des pourparlers avec l’armée zapatiste. Ces Accords de San Andrès, toujours pas appliqués à ce jour, reconnaissant la liberté d’organisation des communautés indigènes furent néanmoins négociés et signés et l’organisation du Bon Gouvernement zapatiste vécut une période de relative tranquillité. L’évèque Samuel Ruiz crée avec des amis le Centre universitaire Indigène de San Cristobal de Las Casas (CIDECI) où vnirent se former et s’organiser non seulement les zapatistes locaux mais une véritable armée pacifiste de soutiens internationaux. L’armée de l’EZLN rangeait ses armes. Mais restait vigilante. Les communautés maîtresses de leur terre se remettaient à la cultiver dans le respect de la tradition maya tout en cherchant l’autosuffisance et le bien être des familles dans la solidarité.
Maria Estela explique cela avec calme et clarté à un auditoire français qui semble avoir quelques difficultés à comprendre ce mouvement. Il est vrai que la hantise du communisme dans les pays catholiques européens fondés sur la propriété privée fausse l’idée du partage et de la répartition de la terre!
Comment imaginer que ce type de gouvernement représente un progrès et sans doute un modèle face aux dégâts du capitalisme notamment en matière d’écologie. On sait qu’à la suite de la LENA (accord de libre échange entre le Mexique et l’Amérique du Nord) 3 Millions de Mexicains ne pouvant rivaliser avec les prix bas des maïssiers américains ou canadiens ont dû abandonner leurs terres. Ce sont eux qui viennent grossir les villes où l’on ne peut survivre sans argent. Et qui se paupérisent davantage. 19 Millions de Mexicains (soit la population de la capitale !) souffrent de malnutrition. Ce qui fait dire aux économistes les plus avisés« La LENA est tout bonnement une farce ». Les Européens devraient aujourd’hui se méfier de l’accord équivalent imposé à l’Europe par les USA.
Avec l’accord de Don Samuel plusieurs sœurs franciscaines se sont réparties dans le territoire du Chiapas. Le but étant d’aider au mieux les indigènes à recouvrer leur dignité. La création de l’association DESMI fait partie de cette stratégie. Plus question de pillage de la terre ni d’empoisonnement par les firmes comme Monsanto : recourir à la tradition et au savoir des milpas (petites terres familiales mexicaines qui associent les 3 SŒURS : Maïs originel (de 4 couleurs : Rouge, noir, blanc, jaune) , haricots (frijoles ) utilisant le maïs comme tuteur et courgette rampant au pied et assurant par l’ombre de ses feuilles l’ombre et la fraîcheur. Cette manière de cultiver, sans tuer les insectes, respecte non seulement l’équilibre et la santé de la terre mais celle des humains. La terre des Milpas mexicaines vient d’être décrétée la meilleur du monde par un couple de chercheurs français analysant les terres du monde entier.
Moissons du Futur, le film de la formidable reporter militante Marie Monique Robin le démontre aussi : l’agro-écologie fait rêver l’ONU qui la propose comme une façon de sauver et retrouver l’équilibre de la terre .
Pour diffuser ces techniques, ces pratiques, dans des zones où les grandes propriétés ont épuisé les ressources par la culture intensive et monovalente de produits destinés à l’exportation, il faut informer et former. A travers des ateliers d’échanges. C’est le rôle de Maria Estela dans et avec DESMI qui touche 550 familles. 7 personnes dont 2 agro-écoagriculteurs et un vétérinaires gèrent l’association. En lien avec 11 personnes constituant l’Assemblée des sociétaires. La raison du partenariat entre cette association et le CCFD : Comité catholique contre la faim. L’organisme a été créé à la demande de la FAO après la guerre, pour lutter contre la faim dans le monde. Contrairement à certaines ONG ou fondations actuelles, le CCFD ne fonctionne que par partenariat avec des associations locales sollicitant elles-mêmes un supplément d’aide.
Les produits du Chiapas sont distribués en Europe par l’intermédiaire du Réseau Prozapa. Munis d’un label non international qui coûte trop cher mais d’un Label « Auto-certification sociale ». Notamment le café Sur l’Allemagne, cafeLibertad , Aromezap en Grèce, Tatabuelo et Libremundo en Italie. Noventic Zapatos commercialise ses magnifiques chaussures. Cependant les sociétaires de DESMI ont choisi de ne pas développer le café et de se consacrer à des aliments substantiels. Artisans de Monde présent lors de l’intervention de Maria Estella évoque des partenaires USURI et un ancien qui a perdu son label par suite de problèmes liés au travail des enfants.
Le travail de Maria Estella est aussi la formation des femmes. Les femmes zapatistes ont gagné leur dignité et représentent leur communauté en parité avec leurs compagnons. Mais la vie de la plupart notamment avec le nombre des naissances est alourdie par les tâches domestiques et le poids de certaines traditions.
L’autonomie est le rêve de la plupart dans cette zone agricole du Chiapas. Mais les communautés doivent veiller car les prédateurs économiques cherchent toujours à récupérer les terres cultivées par les zapatistes. Les grands projets d’aéroports et d’une autoroute qui saignerait du nord au Sud de l’Amérique une part forte de la terre cultivable et de la Selva sont toujours là. Le gouvernement des Chiapas très proche du PRI paye et soudoie les élus locaux pour le soutenir ses projets. Ceux qui n’acceptent pas sont menacés et doivent parfois fuir. On les retrouve à l'autre bout du monde souvent désespérés mais fiers de ne pas s'ëtre vendus.
Les rêves d’autonomie, devenus réalité dans ce coin du monde, ne peuvent sombrer et des abeilles inlassables comme Maria Estella et les équipes de DESMI y veillent.

Le CCFD et ses bienveillantes équipes s'associe de son mieux à de tels projets et Artisans du Monde relaye des produits achetés dans de telles coopératives locales.

Maira Estella promotrice du DESMI

Maira Estella promotrice du DESMI

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Published by pluiemexicaine
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