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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 08:15
Jean 21,7 ou les plongeurs, poème de Javier Sicilia (trad pluiemexicaine)

JEAN 21, 7

Ou les plongeurs

Tu as vu les plongeurs à la « Quebrada » ?

Ils grimpent la falaise, avides d’atteindre la cime

Pour ensuite regarder vers l’abîme

Où la mer est un dieu obscur et indomptable

Une double inconnue, comme un rugissement entre les rocs

Que cherchent-ils dressés et tendus comme un arc prêt à

Lancer la flèche de leurs torses bronzés ?

Pour qui ? Pour l’amour de qui se jettent- ils encore et encore

dans le vide ?

Une mystérieuse volonté jamais satisfaite les élève et les propulse à nouveau

dans l’océan intemporel,

dans cette blessure ouverte au flanc des falaises

comme si le cosmos y avait déchiré la matérialité de la terre

et, à peine plongé, Sisyphes de l’eau, ils refont surface

pour reprendre le même chemin, tandis que dans leur dos

craintifs du dieu, les fausses fleurs de marcasite,

les cris du mauvais pas,

les tours des hôtels

cette Babel de consolation que Baal a érigé le long des plages

éteignent l’appel de la mer

la voix du dieu qui continue son

mugissement dans les profondeurs de la falaise.

Seuls nous spectateurs

Quelques uns sortis du cercle infernal,

Sur les terrasses et les escaliers contemplons le rite

Comme si dans les plongeurs le royal récupérait son sens

Comme si en eux,

Dans la forme qui lève les bras

Incline le torse et se lance dans le vide

Se matérialisait l’expérience de nos propres vies

Et attendant nous garderons une réponse au mystère,

Et je me demande, au milieu du tumulte

Si à chaque plongeon il se rappelle Pierre

Ou peut être pense-t il quand tôt dans la barque

Séparé du Seigneur, par la rive due Tibériade, et ceignant la peau

De mouton, il se jeta dans la mer ?

Mais eux étaient nus

Et à s’élever dans la falaise ils dessinent la grande inconnue

De l’existence qui fut remise à Pierre.

Et chaque fois ils répètent le geste

Comme espérant voir un jour le Seigneur parmi les rochers

Et être accueillis dans leur nudité.

Ou peut-être gardent- ils le regard de Jean

Ce fils de la veille, qui au milieu de la nuit tape dans le mile

Que tous cherchent et nul ne voit.

Je ne sais pas,

Mais en eux,

Bien qu’immatures comme nous

En eux, qui se lancent avides jour après jour de l’arbre de la falaise

A la recherche du dieu

Et dans leur chute plongent dans le mystère sans trouver de repos

En eux, veut se dessiner cette tendresse de Pierre qui était la preuve de son amour

Mais de leurs gestes n’émerge pas pleinement la tendresse,

Tendus avant le saut, craignant de se manquer, de dévier la chute

Et une fois encore ils remontent, l’oreille attentive

au ressac du dieu,

et une sombre espérance qui point aveuglément vers l’abîme.

O Seigneur prends là,

Celée dans ton cœur,

Conserve-la avec la plénitude qui nous appartient toujours

Et là, dans le secret de l’ombre que clame le mugissement de la mer

Célèbre le désir des hommes d’arriver jusqu’à toi,

Peut-être par hasard,

dans l’océan auquel ils se fondent

dans ce coté à peine ouvert de la falaise

se trouve le lieu

où l’espérance de manière incompréhensible transforme le saut en tendresse

et les eaux et leur rive dans ce trou ouvert où la somme des sauts

se révèle dans le visage de ta résurrection

qui nous accueille.

O, c’est pas vrai, Seigneur,

Qu’à la fin du spectacle,

dans le sourire des plongeurs

Et dans celui que nous leur adressons depuis la rive,

Existe ce visage, préparé depuis toujours et encore inconnu

pour nous et eux, de ton apparition ?

Extrait de Lectio dans le recueil La présence déserte, Poésie 1982-2004

Fondo de Cultura economica

Ces poèmes écrits avant que Javier Sicilia ne renonce à la Poésie par suite de l'assassinat de son fils Juan Francisco, puisent dans la foi profonde de cet homme et nous parlent d'éternité et d'un appel à la transcendance, charnel et incessant.

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Published by pluiemexicaine
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