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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 10:15

 

Après une très belle page d’introduction sur les piqueurs de rouille dans port de Tampico, Patrick Deville entraîne son lecteur dans un tourbillon de personnages et de références qui peuvent s’avérer plus étouffantes que la poussière du Popo dont il dit se protéger lui-même lors d’un séjour à la Condessa le quartier chic des migrants européens à Mexico…On voit Artaud, Breton, Cravan, Traven, John Reed, etc...

Son propos, établir un parallèle entre Trotsky réfugié au Mexique où il mourra, sa conception d’une révolution collective et la révolution littéraire du best seller Sous le Volcan dont Malcom Lowry accouche dans la douleur pendant 10 ans. Sous la plume brillante, documentée jusqu’à l’obsession de Deville avec son côté intelligence service, la thèse paraît crédible. En fait toutes ces rencontres au Mexique ne sont que coïncidences. Et le Mexique un prétexte. Car ce qu’en connaissent tous ces exilés-politiques ou d’eux-mêmes-se réduit à des stéréotypes : drogue, alcool, jalousie, violence et traitrise Certes le couple Rivera Kalho à l’origine de l’asile de Trotski, ouvre ses portes, ses amitiés et plus puisqu’entente.Et c'est dans cette coterie que se fomentera l'assassinat du proscrit.

Deville mêle  lieux, époques, passé et présent, l’Histoire, avec son making-off : ses rencontres pour la fabrication du livre avec quelques écrivains mexicains officiels d’origine russe ou péruvienne, ayant atterri un peu par hasard au Mexique. Et bien sûr il s’entretient avec le petit fils de Trotsky, Esteban Volkov (En 2012 cet homme de 86 ans a publié sur l’assassinat de son grand-père un livre dont Deville ne parle pas). Cette part du roman est peut-être la plus intéressante, l’autre étant tellement rebattue que les lecteurs mexicains saturent. Comme si la vie du pays s’était sclérosée autour de la bande Rivera Kalho. La mode depuis le film Frida et cession des droits de la famille Kalho aux américains pour les produits dérivés a engendré une telle avalanche de récits et de merdouilles que les jeunes créateurs mexicains caricaturent aujourd’hui la Fida pour s’en débarrasser. Bien peu d'ailleurs en dehors de quelques admiratrices en transe, disent aimer son oeuvre.

En revanche Deville ne parle pas de l’art époustouflant de Siqueiros le stalinien. Accusé d’être à la tête des anti-trotskystes.

Bref si on peut se laisser emporter par le tourbillon du name-dropping (comme l'écrit La Tribune de Genève) aspect qui m’avait personnellement rendu illisible Kampuchea, on peut aussi regretter que « la petite bande » qui pense révolutionner le monde mais néglige foncièrement le peuple -sauf peut-être dans son art- ne soit qu’une équipe de VIP ou petits bourgeois comme les aime Deville, ce qu’il conteste le futé, arguant que Tina Modotti la traitresse émigrée italienne est née prolétaire…

Quant au titre, Viva, ce n’est en rien un Viva révolutionnaire sinon juste une tranche d’histoire un peu mondaine. Qui aurait pu se passer partout dans le monde. Le Mexique qui a d'autres chats à fouetter à l'époque ne gagne pas grand chose à ce roman.

Viva, de Patrick Deville, révolution VIP dans un Mexique de cinéma

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Published by pluiemexicaine
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