Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 09:41
étudiant survivant du massacre d'Ayotzinapa
étudiant survivant du massacre d'Ayotzinapa

La tuerie de 43 étudiants d’une école normale modeste d’Ayotzinapa et leur disparition par la police d’Iguala dans l’état de Guerrero, soulève des flots de rage et de tristesse justifiée chez la plupart des citoyens mexicains. Parce que derrière cet acte terrifiant se cache des collusions entre les différents pouvoirs et les cartels.

Par lâcheté, pour s’enrichir, de très nombreux responsables de communes, d’états, et du gouvernement fédéral, succombent aux sirènes des cartels. Il y a aussi ceux qui ferment les yeux sur l’infiltration par ces éléments criminels dans la police, justice et administrations qu’ils devraient normalement réguler et nettoyer. Mais la terreur règne. En effet environs 300 maires ou députés résistants au crime organisé ont été menacés puis tués ces dernières années. Sans que jamais leurs assassins ne soient arrêtés jugés et condamnés. Cette totale impunité fruit de la lâcheté des instances supérieures de l’Etat mexicain, poussent les narcos à continuer leur œuvre de destruction et à gagner du terrain sur la totalité du pays.

Les défenseurs des Droits de l’Homme ainsi que les journalistes qui dénoncent ces collusions et ces actes criminels sont aussi la cible choisie des cartels.

Mais si l’on estime que 89/90 cartels agissent au grand jour au Mexique (ils ont un nom, une carte de visite et des territoires connus !) et que 300 000 personnes travaillent pour eux ou leur sont liées , il reste donc 119 Millions 700 mille Mexicains qui voudraient mener une vie normale, élever tranquillement leurs enfants, les envoyer à l’école, se nourrir, travailler pour faire vivre leur famille, se détendre, bref vivre en paix.

Dans bien des états, hélas, du fait de cette minorité criminelle surarmée et propageant la terreur, cette tranquillité est menacée. Si le père de famille menacé doit cultiver de la Marijuana au lieu de cultures vivrières, les enfants vont peut-être devoir l’aider dans cette tache au lieu de fréquenter l’école, les adolescents les plus pauvres vont être sollicités à des « travaux » de commerce illicites… Les plus costauds à enlever, voler, extorquer.

La faille majeure est donc du côté des forces fédérales qui n’ont aucune politique efficace dans ce rétablissement de la paix intérieure. Voire dont la guerre anti narco provoque encore davantage de tueries, fosses clandestines, disparitions : 80 000 mexicains dont les familles sont sans nouvelles (et /ou assassinés) et 30 000 déplacés de force depuis 2006. L’arrestation des capos de certains cartels ne suffisant évidemment pas à dissoudre ceux-ci qui ramifient ailleurs. C’est le cas de « Guerrero Unido » sévissant à Iguala, émanation de la « Familia » de Michoacan prétendument éradiquée.

Le plus terrible pour les familles c’est ce manque de considération pour les victimes et la criminalisation qu’on en fait. Quand des étudiants de milieu rural manifestent pour réclamer la survie de leur formation et qu’on leur tire dans la mâchoire, puis qu’on les fait disparaître sans que personne n’ose révéler quoi que ce soit de l’endroit où ils ont réellement été conduits, puis sans doute brûlés, et que le gouverneurs de l’Etat au lieu de condamner ce génocide, se préoccupe d’élections qui le maintiendront en place, sans qu’ils soit automatiquement destitué par le pouvoir Fédéral, c’est que ces derniers n’ont aucune compassion pour les familles en deuil ni pour les victimes.

Cette indifférence dénoncée depuis 2011 par Javier Sicilia, qui a sillonné le pays à la rencontre de familles de disparus, après l’assassinat de son propre fils et de sa bande de copains d’enfance, est une réalité qui doit alerter le citoyen : celui qui la manifeste est indigne de diriger quelque collectivité que ce soit. Et doit s’en aller.

Bien sûr après des manifestations cette semaine dans toutes les capitales des états mexicains, la colère est montée hier en puissance et pour des camarades d’études brûlés, les étudiants sont accusés d’avoir mis le feu à des parties du palais du gouverneur à Chilipango (capitale de Guerrero). Y a –t-il commune mesure ? Les Mexicains dans leur ensemble trouvent cette insurrection légitime, mais s’ils ne sont pas soutenus et appuyés directement les étudiants n’auront pas gain de cause et encourent des risques importants (Ils sont reçus par la même police en face !)

Non ces étudiants ne sont pas des criminels, ils se rendent dans les communautés les plus pauvres lors de catastrophes naturelles, se préparent à enseigner aux enfants les plus éloignés de l’instruction

Non leurs parents qui réclament qu’on les leur rendent vivants ne sont pas des criminels, non tous les mexicains qui les défendent et les assistent, leur fournissent de la nourriture ne sont pas des criminels, non les millions de mexicains qui réclament la justice et l’équité ne sont pas des criminels !

Les criminels sont ceux qui en laissent d’autres massacrer délibérément la jeunesse, force vive d’un pays qui a besoin de tous.

photo La Jornada

photo La Jornada

chacun de ces étudiants a une famille et une histoire digne

chacun de ces étudiants a une famille et une histoire digne

Partager cet article

Repost 0
Published by pluiemexicaine
commenter cet article

commentaires