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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 00:51

Iguala Etat de Guerrero (Mexique) en direction de Taxco cité de l'or, le 26 septembre 2014. 5 normaliens de l'Ecole Normale d'Ayotzinapa sont assassinés par la Police de la ville à la gare routière d'Iguala. De l'autre coté de la rue, est caserné le 27 eme Bataillon d'Infanterie qui ne bouge pas malgrè le bruit de la fusillade et les appels de survivants accourus à la rescousse. Un ètudiant a la machoire fracassée parce qu'on l'a braqué à bout portant et l'ambulance n'arrive pas. Chut dit un soldat á un des survivants.

Les 43 autres étudiants qui suivent dans des bus, sont arrètés et braqués un peu plus loin dans la rue.

La police de la ville les charge dans des pick-up de différentes patrouilles, et les conduit on ne sait où.

Depuis lors nulle trace de ces normaliens.

Les parents regroupés dans l'enceinte de l'écoleNormale Rurale Raul Burgos d'Ayotzinapa, non loin de la capitale de l'Etat, Chilpancingo, cherchent et réclament désespérément leur fils. Parfois deux. Paysans pour la plupart, pas forcément de Guerrero. Certains habitent dans les états de Oaxaca, Jalisco, Chiapas, assez loin de l'école Normale rurale crée dans les années 30 pour permettre à ces jeunes, pauvres pour la plupart, d'accéder au savoir et à l'éducation. Et d'aller enseigner aux enfants des campagnes á leur tour.

En fait cette education diplomante par une double licence de science de l'éducation et depédagogie bilingue destinée aux communautés indigènes, va conduire à une conscientisation trés forte et donner naissance á des maìtres et professeurs trés au fait des problématiques sociales. Parmi eux sera formé entre autre Lucio Cabañas fondateurr du parti des Pauvres dans les années 70, assassiné par l'armée fédérale.

Harrassés par la corruption gouvernementale à tous les niveaux, par la collusion avec les groupes délinquants et narcotraficants ces normaliens luttent constamment pour réclamer davantage de moyens, et une éducation actualisée aux besoins du peuple mexicain dans ce 21eme siècle dominé par les investissements économiques des grandes firmes étrangères, guignant vers les ressources phénoménales de la République Fédérale : Or, argent, Lithium, gaz de schiste, uranium, cuivre...etc:

Sans parler d'une main d'oeuvre corvéable parce que sous payée 17 fois moins qu'un ouvrier français.

Voilà donc plus d'un mois que ces étudiants qui pourraient etre vos fils, vos frères, vos cousins ont disparu de la circulation.

Ici au Mexique les universités les plus grandes de toute l'Amerique latine sont en grève.

Ici les parents sortent dans la rue chaque jour. Des manifestants ferment les aéroports, les péages d'autoroute, les raffineries. Les réservations ont diminué de 73% dans les hotels d'Acapulco et les patrons menacent de ne pas payer leurs impots (comme si ces propriétaires de la moitié de la cote n'avaient pas de réserve chez HSBC et ailleurs, ni dans les paradis fiscaux!). Ils ont appelé l'armée qui a répondu que sans decret constitutionnel elle ne peut se déranger. Heureusement chaque entrepreneur grognon ne peut pas faire appel à la force pour un petit etat d'ame.Si un quelconque marin ou pilote ou fantassin se melait de venir en aide au capitalisme étranger contre des parents affligés par ce deuil terrible, des condisciples effarés par le massacre de leurs copains ou des citoyens de la societé civile horrifiés par ce crime d'État, le Mexique ne mettrait pas seulement le feu à une des portes du Palais gouvernemental (comme la semaine dernière) mais serait incontinent á feu et á sang de Juarez á Chiapas.

Dans le monde entier des manifestations de solidarité ont eu lieu, les jours des manifestations mexicaines : New-York, Tokyo, Madrid, Londres, Sao Paulo, Buenos Aires, Barcelone, Oslo, etc.

A Paris les mexicains se sont réunis au Trocadero, Place St Michel et se retrouveront á la République, demain jour anniversaire de La Révolution Mexicaine.

Cependant les intellectuels français occupés á signer des revues ou sur les canaux télévisès et radiophoniques ne semblent pas connaitre le Mexique.

Où sont les champions des théories de l'Education, Phillippe Mérieux, Luc Ferry, Alain Finkelfraut?

Oú est Michel Serres qui enseigne dans les plus prestigieuses universités du monde?

Oú sont les tenants de l'éducation sociale comme Rancière?

Oú sont nos amis de l' école Critique de Franckfort et de la Revue Critique de Lyon?

Oú sont les heureux sobres et les Colibris comme Pierre Rabhi qui devraient soutenir ces creuset de conscience rurale?

Oú sont les directeurs et professeurs d´ècoles normales supèrieures (et infèrieures?) de Paris, Lyon, Montpellier, Toulouse?

En un mot où sont les intellectuels français, qui allaient jadis sur les ondes porter la digne rage et la solidaritè française? Emules de Zola, de Kessel, de Gary et de Marc Bloch. Oú est la Voix de La France dans le choeur de la Rèprobation internationale?

Grand mère franco-mexicaine, petite intellectuelle du Forez, j' aimerais tant l'entendre se lever demain 20 novembre, quand nous descendrons par centaines de milliers l'avenue Reforma de Mexico depuis l'Ànge de l'Indèpendance jusqu'au Zocalo Central, devant ce palais gouvernemental, cette cathèdrale èlevée sur les ruines du Grand Temple de Tenochticlan, lorsque les caravanes des parents et les condisciples des 43 ètudiants d'Ayotzinapa vont prendre la parole depuis le podium pour réclamer une énième fois leurs fils et leurs copains.

Quelques interventions européennes devant la CPI de La Haye ne suffisent plus. Il nous faut dèsormais le soutien massif des élites et des peuples et seules les voix attentives de ceux que j'ai interpelés peuvent crever l'ècran d'indifférence qui occulte en France cet effroyable crime contre l'humanité.

Merci à tous de m'entendre et d'entendre depuis Paris "Cuna de los derechos humanos" 8berceau des droits de l'Hommes) disent les Mexicains admiratifs, le long mugissement du Mexique en deuil.

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Published by pluiemexicaine
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