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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 11:36
« SOUVIENS TOI D’ACAPULCO », LUDOVIC BONLEUX  Entre père et mer

Vivant aujourd’hui par et pour le tourisme national, la perle du Pacifique, jadis haut lieu du cinéma désertée par les stars est devenue une ville surpeuplée entre nostalgie et nécessité quotidienne en milieu hostile.

Ludovic Bonleux historien et documentariste français vivant au Mexique n’a réalisé heureusement ni un dépliant touristique, ni un énieme reportage narco- sanguinolant sur la violence dont sont friands les médias français.

Son documentaire cherche les transformations de la ville dans le regard de quelques habitants tous d’origine modeste, tous plus ou moins liés au monde des images et il suit assez subtilement leur parcours professionnel et familial. Le mélange de prises de vue actuelles et de films anciens mordorés, d’images d’actualité et d’archives assure cette dimension temporelle indispensable à un travail de mémoire.

Pour ceux qui y arrivent, y vivent, en vivent, Acapulco reste un lieu paradisiaque. La mer est adorée et bénie par le peuple qui en tire sa substance. Et le vieux plongeur contemplatif qui ouvre et clôt ce panorama répète ne pas la mériter. Elle est aussi passée d’un paradis écologique à un rivage ultra pollué où font trempette aujourd’hui des milliers de familles mexicaines économisant pour des vacances rêvées. « Tourisme plus démocratique » dont se réjouit l’un des personnages.

Mais les distances, la densité de population, la violence, en ont fait un enfer dont le comptable s’échappe en allant jouer au foot avec des copains et d’autres par le théâtre, la moto, ou l’arrangement d’une tombe familiale. Figures de la résistance sans égal du peuple mexicain à l’adversité quotidienne. Et aucun ne voudrait quitter Acapulco.

Violente elle l’a toujours été, dans les relations à l’argent et la répression ou la chasse à ceux qui clament justice. Vivant autrefois du quasi monopole de la noix de coco, elle a éradiqué cette activité en tuant massivement tous les opposants aux projets hôteliers et touristiques. Ainsi le paisible golfe était il une fosse commune de centaines de corps non identifiés. L’enlèvement des étudiants d’une école normale rurale d’Ayotzinapa en septembre dernier n’est que continuité de ces crimes impunis. De même le palace où les étudiants américains viennent célébrer le springbreak avec des rites tout aussi putassiers que ceux des boites de nuits locales où le seul personnage féminin tout comme Maria Félix travaille de nuit « pour la bonne cause » à savoir élever et protéger ses nombreux enfants.

Car si le directeur de la Jornada, Felix, ex acteur et ex député évoque sa « sainte mère » et un oncle, il ne parle pas non plus de son père. Les autres sont soit morts dans leur migration aux USA soit alcooliques et violents. L’issue étant de les fuir ou d’œuvrer à leur rédemption à travers un Chemin de croix, spectacle de tradition populaire et d’intensité psychanalytique. Le pouvoir politique à l’image de ce père est à la fois omniprésent, violent, corrompu et totalement inopérant dans ses devoirs d’autorité et de justice.

Au milieu se glissant dans toute la ville, des égoûts jusqu’au belvédère hollywoodien mythique surplombant la baie, Javier, photographe de la Jornada Acapulco, qui a fuit Tijuana pensant trouver un havre et a vu progresser la violence depuis son arrivée. L’exubérance et la complicité démagogique, presque émouvante, de son patron Felix élu après avoir prouvé une fraude électorale ne masque pas les ambiguités, censure, autocensure, entrevues en arrière plan de ce film.

Et c’est là tout son intérêt : suggérer des questions, aider à penser une réalité complexe, tout en révélant les fortes émotions enfouies du réalisateur.

ludovic Bonleux

ludovic Bonleux

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Published by pluiemexicaine
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