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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 08:22
Jorge Volpi aux Assises Internationales du Roman de Lyon

LES BANDITS : UN OPERA ECONOMIQUE OU LES FAUTEURS DE CRISE MENTENT COMME DES ROMANCIERS.

Jorge Volpi inscrit ses romans dans les grands mouvements du siècle. Physique nucléaire, mouvement psychanalytique, guerre froide et le tout dernier cru, une plongée dans les arcanes de la finance internationale où tout le monde escroque tout le monde.

Pour ménager la surprise au lecteur je ne dévoilerai pas le nom de l’escroc number one, comble de la manipulation romanesque. Où est-on ? Qui est qui ? Espion à la solde du communisme créant le FMI? Père du héros, mère, fils, fille, épouses, amants, tout le monde ment. Les bienfaiteurs de chiens écrasés distribuent des pesticides et les mécènes d’opéra russe mettent sur la paille des millions de crédules qui n’ont aucune prise sur le destin économique de la planète. Affichant philanthropie et profondément misanthrope, le narrateur principal observe son entourage avec la cruauté d’un entomologiste disséquant un scarabée mais son humanité déplorable en fait un être ordinaire et quelque part sympathique. En quête de père, manipulé par sa mère, comment ne deviendrait-il pas lui-même un Méchant ?

Jorge Volpi reconnaît l’intérêt littéraire du Méchant et fait référence au héros de Lolita de Nabokov.

N’est-ce pas ce qu’a fait Balzac avec Rubempré ou Maupassant avec Bel Ami ?

Comme ces grands étaleurs de comédie humaine, Jorge Volpi est admirablement documenté. Aucun spécialiste de la City n’y trouvera à redire, et si le lecteur ne sait rien des sub-primes il aura là une chance de les voir expliquer comme autant d’éléments de fiction. Jusqu’au rôle des tulipes dans la marche des affaires. Joutes d’économistes dans le partage du monde, eux-mêmes manipulés comme des marionnettes par un pouvoir politique occulte. Galerie de personnages historiques, Harry Dexter White et John Maynard Keynes, jungle impitoyable des sous-fifres financiers. Pas d’ascension possible sans sexe, famille, relations, faites, défaites, surfaites.

Mais comment entraîner le lecteur dans ce tourbillon ? Volpi grand mélomane d’Opéra (sang italien ne saurait mentir !) dit construire son roman comme une partition. Et lui qui dirige le magique Festival Cervantino de Gunajuato, faute de diriger un orchestre, a réparti les voix des foisonnants personnages dans un opéra bouffe en trois actes, qui se déroulent selon la tradition : Aria, duo, trio, chœur, cavatine, cabalette… « Le roman est un monstre polyphonique à plusieurs voix »dit-il. Et pour lui « l’Artifice formel est un préalable des plus passionnants. »

Et il faut bien le dire, ce livre est drôle ! Grand roman picaresque où la roublardise du bandit est un moteur fondamental, il concocte 25 têtes de chapitres inventifs et un peu délirants qui se savourent comme un champagne. « Comment s’amouracher d’un espion et grossir en faisant un régime de rancune » , « comment reconnaître une mauvaise denture et coincer un espion dans une citrouille ».

Invité aux Assises Internationales du Roman (AIR) de Lyon et interviewé excellemment par Christophe Ayad du Monde Jorge Volpi a partagé la grande scène avec le geek Aurélien Bellanger sur le thème LE MONDE TEL QU’IL VA. Plutôt mal si l’on en croît leurs sujets, mais plutôt bien puisque l’on peut encore créer des histoires et écrire des romans. Tous deux refusent d'être confondus avec des journalistes distinguant fiction et information. Les journalistes étant d'ailleurs du fait de cette dernière, en danger sur le territoire mexicain.

Dans l’assistance il se trouve toujours un français pour reprocher à Volpi de se balader en Europe et aux Etats Unis et de ne pas écrire sur le Mexique. « On ne demande pas à un romancier français d’écrire sur la France », répond Volpi qui avec le Mouvement Crack (onomatopée de rupture) avait justement créé un mouvement refusant d’être enfermé dans une littérature typiquement latino-américaine de pseudo Réalisme Magique. Cette manie colonialiste de vouloir cantonner l’auteur à son pays quand justement la force du roman ’est de n’avoir pas de frontières géographiques et de donner toute latitude à l’imagination et à la liberté. C’est aussi ignorer la réalité protéiforme du Mexique.

Le jeune Jérémie Engler étudiant en lettres qui dialoguait avec Jorge Volpi à la Librairie Raconte-moi la terre, avait en tout cas une approche pertinente et amusée des Bandits. La lecture par Jorge Volpi d’un passage de son très beau roman intimiste « le jardin dévasté » (Au Seuil) montre toutes les facettes de cet écrivain intelligent et subtil. Le romancier transmettant au lecteur son plaisir, n’est ce pas là une forme d’engagement ?

Voir Rue89.fr Texte de Jorge Volpi Les écrivains engagés ont-ils disparus

www.rue89lyon.fr/2015/.../jorge-volpi-ecrivains-engages-ont-ils-disparu..

Jorge Volpi aux Assises Internationales du Roman de Lyon
Jorge Volpi aux Assises Internationales du Roman de Lyon

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Published by pluiemexicaine
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