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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 17:36

 

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Noir très noir le roman de Rogelio Guedea 41 paru  chez Flammarion dans la collection Ombres Noires.
Tout y commence par une découverte dans un coffre. Point de départ d’enquête et non enquête. Et classique malheureusement de la vie de nombreux mexicains.
Mais peu de cartel dans cette affaire, contrairement aux clichés, en revanche un homosexuel par hasard frère d’un gouverneur. Ce qui embrouille la piste. Embrouiller quatre policiers, deux commandants et deux agents c’est la consigne  pour couvrir à la fois le candidat et les vices de l’appareil judiciaire et administratif qui l’entoure.
Au fond comme dans la réalité mexicaine, ni les personnages impliqués ni le lecteur ne savent trop bien quoi conclure.
D’autant plus que Rogelio Guedea qui a travaillé au Ministère de La Justice et consigné des procès verbaux, en a feuilleté son polar. Une fois admis la pâleur du changement typographique et le style administratif apparemment précis il s’avère que les détails introduits dans ces PV n’ont rien de déterminant pour l’enquête. Au contraire ils semblent là malicieux, grotesques, plus explicites que longues descriptions.  
De même les deux flics empêtrés dans leurs propres problèmes hétérosexuels, peu cultivés, sans distance, ne comprennent pas grand-chose au monde auquel les confronte ces crimes en série. Dans ce dialogue macho, presque émouvant tant il est pitoyable, une scène incroyable sur les Tournesols de Van Gogh qui pourrait bien un jour se trouver dans une anthologie.
Rien à voir avec le monde pervers dans lequel évolue le Japonais, gamin sans âge échoué dans une famille pauvre, dépravée, létale. Son seul espoir « et oasis » un couple richissime qui utilise des enfants pour son plaisir. Shooté par un « ami » qui les lui fait rencontrer le Japonais n’aura comme porte de sortie que le vol et l’utilisation des homosexuels. Vie au prisme d’états seconds transformant le ressenti du japonais (le loufoque qui devrait faire échapper à des scènes sordides en accroît le tragique).
Des points communs avec Devil’s acre, d’Anne Perry, l’utilisation des enfants pour la dépravation des milieux riches et politiques dans l‘Angleterre victorienne. Mais les passages militants de l’écrivain anglaise et l’intelligence cultivée de ses enquêteurs permettent au lecteur de souffler. Ici, pas d’espoir. Sauf peut-être l’écriture, le hasard qui fait échapper à la misère.
La violence a fait fleurir une littérature policière mexicaine entre dénonciation et complaisance. Là il semble bien s’agir de dénonciation. Mais le flirt avec cet ectoplasme laisse un dégoût que les moments d’humour n’emporteront pas.
Est-ce une littérature militante quasi journalistique comme celle de Zola pour dénoncer la misère de son siècle? Pire, un monde qui n’est pas si étranger que ça à l’auteur. Peut-être est-ce la raison du désarroi qui étreint à la fermeture du livre.
Le Rogelio Guedea poète, caustique, exilé loin de Colima suite à des menaces, l’universitaire qui enseigne la littérature hispanique en Nouvelle Zélande a-t-il exorcisé de terribles angoisses de celui qui écoutait des enfants victimes de sévices?
Le Clezio écrit un jour que chaque livre est comme une pierre ôtée sur la poitrine oppressée de l’écrivain.

 

41

Ombres Noires chez Flammarion a été salué par le prix littéraire Carlos Montemayor

 

Passionnante Interview de Rogelio Guedea par le concierge masqué sur son blog polar

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Published by pluiemexicaine
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