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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 09:20

2013-04-21 12.48.32


Un titre et une couverture choc. Enrique Serna a le chic pour les énigmes.
Sagit t’il d’un polar comme la Peur des Bêtes?  D’un recueil de nouvelles réalistes comme Amours d’occasion? D’un délire social à la colle mexicaine comme Quand je serai roi?
Cette fois Barcelone est le creuset tragicomique d’un roman presque picaresque dont le véritable héros est l’organe masculin.
Il fallait oser! La dictature de Paupaul détermine la vie de tous les personnages. Hommes et femmes. Surtout celle des trois énergumènes dont les récits s’entrecroisent avant et après leur rencontre fatale.
Un garagiste mexicain ayant bradé garage, femme et enfants pour devenir esclave d’une médiocre chanteuse dominicaine. Un argentin star du porno à Hollywood appâté par un contrat qui tombant amoureux fou d’une étudiante en histoire des religions ne pourra plus bander à la commande. Un puceau de 47 ans impuissant par excès d’adrénaline devant les femmes.
Comment la panacée contemporaine va transformer leur vie sexuelle et leurs liens amoureux, le lecteur n’est pas au bout des surprises dans cette triple « viagraphie. »
L’imagination féroce et réaliste de Serna est à l’œuvre.
Non seulement dans les aventures des trois lascars, mais dans les méandres de leurs cerveaux asservis et les dialogues avec le responsable de leur aliénation. Car le membre doué de vie propre répond quand il veut. Mais toujours « tais-toi imbécile c’est moi qui commande! »
Si dans la même Barcelone Houellbecq a traité de questions similaires, sa vision intimement déprimante du sexe n’est jamais allée jusqu’à la folie jubilatoire de l‘écrivain mexicain.
Serna réfugié dans la capitale catalane peut seul se dédoubler pour juger à la fois la ville, ses habitants et les immigrés. Les appréciations sur la langue, la politesse, la façon de traverser aux feux, autant de perles d’observation. Mais il ne se cantonne pas à ces localisations. Les circuits du commerce licite ou non, direct ou sur internet, les aigrefins qui en profitent, sont devenus des phénomènes mondiaux et répondent à une demande psychotique de sensations durables. Et si « la recherche du plaisir masquait un désir de mort »? Comme le vieux qui compare son envie de mourir en baisant sous over-dose de Viagra à ses orgasmes de gamin combattant les fascistes.Vive le danger de santé publique!
 
Bien sûr le mensonge des héros face aux femmes va entraîner leur perte ou leur rédemption. Celles-ci croient les mener par le bout du sexe mais il semble bien qu’elles soient elles aussi dépendantes de l’attribut masculin. Certaines jusqu'à l'hystérie.
Et l’amour là-dedans? Si si, il y en a. Et même des lettres et déclarations romantiques échevelées. Serna fin lettré fut spécialiste de poésie baroque. Mais il a choisi le créneau romanesque et fait parler ses personnages : « C’est ça l’amour couillon, un appétit sélectif » dit Paupaul à Bullmaro. Mais peut-être l'amour n’est-il après tout qu’un coup de sang prolongé?

 

Coup de sang aux éditions Métailléest traduit excellemment par François Gaudry


Lien avec video Enrique Serna sur ses romans. En français.

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Published by pluiemexicaine
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