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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 19:00

zavalaDeux évènements singuliers depuis vendredi au Mexique.
Roberto Zavala fait ses courses dans un supermarché avec sa femme. Un homme tombe foudroyé par une crise cardiaque. Roberto formé aux soins d’urgence s’empresse de les lui prodiguer. Lui sauve la vie. Un mouvement de responsabilité ordinaire? Pas vraiment.
En effet ces deux hommes se connaissent et le premier pourrait vouloir la mort du second.
Le 5 juin 2009, le petit Santiago de Jésus, fils de Roberto, a péri dans l’incendie de la crèche ABC avec 49 autres enfants : il avait à peine deux ans.
Celui que Roberto a sauvé n’est autre que le père des propriétaires de la crèche.
Malgré les sollicitations Roberto Zavala n’a fait aucun commentaire.
 

 

Il faut diffuser cela pour qu’on sache ce visage héroïque du Mexique. Au-delà de la compassion.
Comme il faut dire la lutte de Norma Andrade, mère de Julia 16 ans enlevée, violée et assassinée à Juarez en 2001, et qui a fondé l’association Nos filles de Retour à la Maison, pour instruire les cas des femmes qui ont vécu la même tragédie. Un militantisme qui dérange beaucoup. Les auteurs de crimes féministes? Ou les instances incapables de les empêcher et donc en quelque sorte complices.
Le 2 décembre dernier sortant de son travail, Norma Andrade est criblée de 5 balles. Dont une au Thorax.
Le personnel hospitalier qui la soigne est l’objet de menaces. Rétablie, demandant au gouverneur de l’état de Chihuahua, une protection, et devant l’inqualifiable défaillance de celui-ci, elle vient se réfugier à Mexico. Sous les pressions nationales et internationales le gouvernement fédéral accepte de la placer sous la protection du PGR, ministère de la Justice.
Or vendredi matin, un homme se présentent chez elle à Mexico et la larde de coups de couteaux. Comme par hasard, et comme lors de la mort de Don Trino ou Marisela Escobedo (tuée devant l’hôtel gouvernemental), les gardiens ne sont pas à leur poste.
On pourrait penser qu’ils ont des ordres strictes. Quels ordres?
L’hécatombe sur les défenseurs des droits de l’homme, ces derniers mois, n’a fait qu’empirer dans tout le Mexique. La plupart s’étaient engagés en plus de leurs associations locales au Mouvement pour la Paix, la justice et Dignité. Victimes eux et elles-mêmes, ils se sentaient légitimes dans ce mouvement.
Comment peut-on imaginer que l’on relativise leur deuil? Qu’on ravale leur exigence de justice - un droit fondamental dans toute constitution démocratique- à une excentricité activiste?
(Si le terme d’activista au Mexique désigne les militants, en français il a une connotation d’action tout azimuts, et peu efficiente).
Ces militants ne veulent que le bien de leur pays. La fin de la violence qui est aussi la fin de la peur. C’est-à-dire le début d’une vie citoyenne où l’on peut se consacrer à l’éducation, à la culture, à des activités bénéfiques pour tous. Simplement vivre sa vie comme en pays démocratique.
Ces militants ne sont pas les ennemis du Mexique.
Au contraire car davantage de démocratie serait aussi davantage d’échanges véritables entre les mexicains et le monde, et pas uniquement les ghettos touristiques de quelques zones ultra protégées comme les clubs hôteliers.
Les militants ne sont pas les ennemis des gouvernants pourtant incapables de résoudre cette violence.
Ils ne cessent de dialoguer avec ces gouvernants, de les interpeller à mieux faire leur travail. En somme ils peuvent même les aider en soignant réellement le pays, à soigner leur image.
Or faute de cette réelle et efficiente protection, faute de rendre justice aux victimes selon l’une des premières fonctions régalienne de l’Etat, ils atermoient, ne traitent pas les dossiers, n’enquêtent pas, et pire, lorsque les militants sont eux-mêmes physiquement menacés, ne les protégeant pas, ils rajoutent à l’injustice et à l’assassinat.
Plusieurs défenseurs mexicains ont été contraints de s’exiler pour préserver leur vie et celle de leur famille. Norma Andrade a une autre fille Malu, comme Marisela Reyes, Comme Montiel, comme tant d’autres vont-elles devoir fuir ce pays qu’elles aiment au point de se battre pour lui malgré leur deuil?
S’exiler veut dire aussi se couper de son tissu social.
S’exiler enfin laisse entendre que son pays d’origine est ou une forme de dictature ou en état de guerre, ou inapte.
Quand on sait que le Mexique préside le G20 cette année. Qu’il va recevoir à Los Cabos station balnéaire du Pacifique les chefs d’états du Monde entier et devoir assurer leur protection, sans une bavure, on se dit qu’il pourrait mettre autant de compétence et d’efficience à protéger une poignée de citoyens et citoyennes qui font l’honneur et le visage réellement humain de son peuple.

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Petition organisée vendredi par contingenteMx

 

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Petition Amnesty Internationale pour Norma Andrade

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Published by pluiemexicaine
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