Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 11:41

zapatosDes rangées de chaussures vides dans un couloir.
Des Pas. Des pieds. Presque rien.
AgoraTv.com avait annoncé la rediffusion pour tous de la campagne
Dans les chaussures de l’autre.
Ponte en los zapatos del Otro.

Ce titre vient d'une phrase de Teresa Carmona maman de Joachim assassiné à Mexico.
Les artistes de la Compagnie Le Cri plus fort avaient décidé de mettre leurs pieds dans les pas de l’autre. Cet autre arraché à sa famille par une mort assassine. Impunie. Sans mémoire que celle de proches atterrés.
Reliés à l’assistance du théâtre de la Ville de Mexico, plein, des milliers d’hommes de femmes attendaient devant leur écran le début de cette cérémonie : 16 89 vues en un instant.
Les premiers spectateurs arrivaient. A cause de la grippe ambiante, ablution de désinfectant obligatoire. Le théâtre se remplissait.

Un brouillage sonore de grognements porcins couvrait les images. Un brouillage pareil à celui officiel qui ne veut pas qu’on sache.
Et puis l’image s’est clarifiée : avec ses amis parents de victimes, Javier Sicilia est arrivé sous son chapeau derrière lui l‘ascétique Solalinde.
Avec eux des hommes et des femmes qui ont mis leur vie au service des victimes.
Second appel, lançait la voix du théâtre.
Sur la scène vide, des tas de chaussures vides. Les chaussures de l’Autre.
Avant de s’asseoir on se reconnaissait. On s’embrassait.
Victimes, Embrassades Réconfort, le quotidien désormais de ces familles, avant isolées dans leur deuil, aujourd’hui soudées.
Réunie encore une fois dans l’action. Ce soir celle du Cri plus fort.
Pas sur une route, pas sur une place, dans un théâtre.

siciSola
A un moment Solalinde et Sicilia en un même geste, ont serré le vêtement de l’autre.
Déclénché mon appareil. Un projecteur bleu donne à la scène un air de Sermon sur la Montagne.
Ces deux là savent de quoi est la vie.
Et la dose d’amour à déverser comme seul baume sur la souffrance des humains.


Quelques phrases: « Quelle est cette coutume d’enterrer les morts? »
« Si on se taisait une minute pour chaque mort on resterait 41 jours sans parler. »
Sicilien demandé une minute de silence. Cinq.

Debouts, recueillis.
Ensuite une voix pleine d’harmonies entre l’épure du chant grégorien et polyphonies ancestrales des bergers.
Au fond sur l’écran, un homme un peu en déséquilibre, penché sur devant quelques bribes. Branches. Bras…Un enchevêtrement. Qui s’accumule, grandit, forme tombe. Derrière loin une file de silhouettes. De plus en plus nombreuses. Se rapprochent, entourent l’homme. Occupent tout l’espace. La tombe s’élève, grandit devient mausolée, mémoire, stèle.
Au fur et à mesure de la voix qui psalmodie, de ses plaintes, de ses silences, le peintre dessine en direct. Une image du Mouvement surgi de la douleur d’un père parmi 60 000 autres. Un mouvement qui ne s‘arrête plus. Toujours d’autres viennent se pencher aussi. Toujours. Des chiffres égrenés des visages. Qui ne peut s’arrêter qu’avec la fin des assassinats, la justice, la reconnaissance des victimes. La paix entre les mexicains.
Un mouvement digne et silencieux. Comme son image.
Le groupe Paté de Fua, par la chanson et la musique rappelle que les artistes ont cette façon à eux de résister. Ils ne peuvent faire autrement.

pate de fua
Sur mon écran apparaissent aussi en direct les commentaires des twitteros.
Impatients d’entendre des paroles. Se demandant la place de la musique dans cette lutte.
Adriana dit que l’harmonie et le joué ensemble imagent la qualité des rapports humains. Qu’on devrait avoir.
Pas des chansons dit Cereuz, mais investir la rue et les institutions coupables.
Il demande si cet art est pour les 50 000 morts de faim Tarahumaras.
Oui car ils connaissent l’art de toute éternité. Avant la sécheresse.
Répond quelqu’un.
Pratiquent l’art au quotidien et en profondeur.
Les commentaires communient aussi sur l’écran.
Comme des phrases échangées à voix basse.
Une comédienne lit un manifeste des artistes engagés à la suite du Mouvement:
A leur manière à eu peintres, chanteurs, musiciens, comédiens, vidéastes qui retransmettent l’action, se mettent en compassion et entrent dans les chaussures de l’autre.
Alors sur l’écran de la salle apparaissent les morts.
Ils parlent. Disent leur mort. Appellent. Demandent justice.
Hommes, femmes et enfants.
Le visage et la voix des comédiens. Dans le pas des morts. Réclamant justice.
Réclamant Justice comme la bannière avec le visage de Don Népomuceno portée par quelqu’un dans la salle. Mort pour avoir demandé Justice pour son fils. Mort jusqu’à la Justice.
Comme d’autres parents. Amis. Défenseurs. Journalistes.
La liste de ces morts, n’est qu’un début. Le Mémorial commence. A commencé à sillonner le pays. Ira plus loin. Inlassablement. "Je fais cela pour que ce qui m'est arrivé ne t'arrive pas à toi"dit la voix déterminée à la fin de la représentation.

nepo
Les spectateurs envahissent la salle. Se placent au milieu des chaussures de l’autre.
Beaucoup de larmes. Le Cri plus fort a fait jaillir les larmes.
Parce qu’il faut que la douleur jaillisse.
Que les larmes sortent pour ne pas envahir le corps des vivants.
Que ces familles de victimes tiennent debout pour mémorer leurs aimés et leur faire rendre justice.
Les larmes de la justesse appellent la Justice. Plus fort que les cris.
Le Cri plus fort a mis en place les conditions de cette cérémonie qui ne fait que commencer :

Je ferai cela pour que ce qui m'est arrivé ne t'arrive pas à toi"

El Grito Mas Fuerte link
En los zapatos del Otro
www.ArgosTv.com
EmergenciaMx.org  link

MovimientoPorlaPaz link

Partager cet article

Repost 0
Published by pluiemexicaine
commenter cet article

commentaires