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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 22:00

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Il pleut fort à Puebla, et le Popo ne me verra pas plus que je ne le verrai ce samedi.

Autant profiter de cette ville encore un peu.

Mes pas me menent devant l'université. Sur cette place charmante, en face de l'église de la Compagnie de Jésus, se trouve un banc de libraire.

Beaucoup de gens y passent pour s'abriter. Mais c'est un livre sur les vikings avant Colomb qui  attire mon attention.

Je parle avec le Libraire. Un homme jeune, d'une trentaine d'années sous une casquette noire. Un gilet multipoches matelassé comme en portent souvent les forains.

- Gustavo, comme Flaubert, dit-il, parle un français distingué.

Il a migré au Canada, a demandé la nationalité. Mais n'a pas pu rester les cinq ans obligatoire sans revoir le soleil du Mexique et de sa famille.

-Eh voilà! Je suis Libraire! Et très fier de mon métier.

Tandis qu'il me parle de Georges Bataille et de Roland Barthes, son employé vient lui demander des précisions.

Je bois du petit lait! Entre cette vieille dame qui m'a fait l'éloge de Simone de Beauvoir, cette amie passionnée par La Recherche du temps perdu, chauffeur de Taxi fou d'Appolinaire et  gardien de Musée Boris Vian, je rencontre davantage de lettrés au kilomètre que dans mon pays, pourtant considéré ici comme "le berceau de la culture".

Il faut dire que je vis dans une ville secrète et plutôt méfiante, où l'on n'imagine même pas parler à bâton rompu avec son voisin de file d'attente au cinéma d'art et d'essai!

Gustavo pratiquait sur les marchés

- Comme Rabelais.

- Exactement! il allait vendre Gargantua en sortant de l'hôtel-Dieu où je me fais soigner les dents.

Gustavo rit. Il me dit que le Livre de Jacques Mahieu est très intéressant.

Je le feuillète tombe sur cette ligne "est-il possible qu'une telle civilisation se soit transmise uniquement par la tradition orale", le thème m'est familier, j'ai prévu un atelier sur la tradition orale à l'université autogérée. Parlant de Jousse comme de mon amie Lalale.

Parler d'oralité au milieu des livres, paradoxe? Ou complétude. Car les livres se transmettent surtout par le bouche à oreille et rien n'est plus engageant qu'un ami ou un inconnu qui vous fasse l'éloge d'un livre.

Je trouve Gustavo aussi intéressant que Philippe qui a fait s'installer les bouquinistes sur le quai de Saônne. Ou ce libraire de près de 80 ans qui sous sa casquette en jean en paraît 60! Des bons effets de la lecture.

- Tu es encore en train de lire... soupirait ma mère, sans aller jusqu'à "ça fait mal à la tête!"comme celle de Pagnol.

- Toujours! et au Mexique, c' est curieux, les libraires fleurissent sous mes pas.

 

 

 

 

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Published by pluiemexicaine
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