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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 09:14

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65 000 employés de Luz y Fuerza ont été licenciés. Ils attendaient le jugement de la Cour suprême, en grève de la faim, campant sur le Zocalo.

La première fois nous y allons en famille. Et je parle un peu à des distributeurs de journaux. On me dit "vous êtes française!?et on me parle de la révolution française qui a servi de modèle à la révolution mexicaine. Mais où sont passés nos droits imprescriptibles? cet idéal que nous a envié le monde entier? Aujourd'hui je les trouve bien mis à mal. Les sans papiers refoulés sans ménagement, les nomades interdits, les yourtes arrachées, les ouvriers de chez Continental "Les Conti"obligés d'arracher par lambeaux une indemnité de licenciement qui ne va pas les mener très loin. Dans une grande indifférence, parce que les ouvriers ne sont plus tendance! Je me rappelle le Conseil National de la Résistance. La sécurité sociale pour tous...Je suis tout de même heureuse que la France ait cette image là. "Notre réalité c'est aussi ce que l'on veut être". J'ai entendu cette phrase d'Elmer Mendoza écrivain mexicain de romans noirs.

Le lendemain je retourne seule au centre ville. "Pour visiter..." En fait pour m'approcher des grévistes. La discrétion de mon appareil favorise le contact. Un universitaire Cayetano Cabrera fait partie des grévistes qui iront jusqu'au bout. Autour de lui un balai incessant de costards bleus. De caméras. "Pas de journalistes étrangers, Companera, hélas, si tu peux faire quelque chose". Les vacances approchent en Europe et mes mails à des sites alternatifs restent sans écho. J'informe au moins mes amis, qu'ils sachent.

Autour du Zocalo les touristes passent sans s'arrêter : (Toutes ces banderoles ça sent le politique! Ils ne sont pas là pour ça). Des concerts avec décibels à vous arracher le coeur ont lieu sur le podium presque permanent. "ils vont achever ces grévistes!" : La coupe du Monde de Foot occupe les esprits bien davantage et les stands de la Fifa jouxtent les tentes de fortunes des grévistes.

Je me dis finalement en 68, les jeux Olympiques ont bien eu lieu malgré le massacre de Tlatelolco.Et les spectateurs n'ont pas bougé un cil. Parfois n'en ont rien su. Alors la Copa! Les milliards du sport auront toujours les honneurs.Mais des jeux quand le peuple n'a pas de pain, ça veut dire quoi? Le massacre ici, c'est celui de familles, réduites à des boulots informels, des déplacements épuisants, une nouvelle quête d'emploi, la migration dangereuse qui sait. Tout ça pour donner le monopole de l'élecricité mexicaine à une firme anglaise.

Ces hommes et quelques femmes qui manifestent devant les édifices gouvernementaux sont de ma famille. Ma famille partout où l'on revendique la dignité. La courageuse résistance du peuple mexicain me boulverse. En face de cette cathédrale construite sur les ruines d'un peuple, je ne peux pas ne pas faire le lien entre les conquêtes d'hier et celles du capital aujourd'hui. Les résistants eux sont  un ferment qui reprend toujours vie.

 

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Je reviens une troisième fois passer une partie de l'après midi. Ce jour-là il pleut à verse. La grève de la faim dure depuis 90 jours. Deux frères me reçoivent. L'un d'eux a dit à l'autre que la Luz embauchait pour le Cable numérique. le cadet a lâché son boulot et il est venu. Et voilà :Plus rien. Mais il sait s'exprimer en public, il devient porte parole. Un jeune responsable du parti communiste mexicain les aide, eux qui ne font plus la grève de la faim, mais investissent les lieux pour communiquer. Beaucoup de partis de partis s'impliquent au côté des grévistes.

Comme il pleut beaucoup l'aîné déplace mon tabouret, chaque fois que la douche frappe le plastique et vient sur nous.

Ce sont des hommes fiers. Directs. Qui croisent leurs mains techniciennes et regardent quelquefois leurs pieds quand j'évoque l'avenir, mais me regardent aussi en face avec toute la bonté du monde et sa détermination.

Après avoir longuement échangé, je commence à avoir froid. Eux? ils sont habitués!

Ce Mexique-là, n'a rien à voir avec les clichés médiatiques bas de gamme. Ce Mexique là c'est le trèsor véritable de Cuaotemoch.

 

 

 

  mexbest (592)P1050659 sourires et espoir malgré l'inquiétude de l'avenir

et la pluie incessante

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 En dehors, on sert des soupes, à ceux qui n'ont plus de ressources et souvent venus de loin n'ont pas de famille dans le DF.

La Cour Suprême étant chargée d'étudier le cas de l'entreprise et la légalité des licenciements, c'est vers elle que se tournent les regards : Que fait-elle?

 

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Published by pluiemexicaine
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