Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 16:21

Jaime Alonso Sandoval écrivain mexicain a derrière ses lunettes on ne peut plus sérieuses un authentique sens de l’humour anglais !

Au fait est-il si anglais cet humour de l’absurde qui a donné lieu au Major Thomson ou à 3 hommes dans un bateau ? Ne point-il pas sous toutes latitudes quand on s’avise de jeter un œil critique mêlé de tendresse sur les travers d’une grappe d’humains relativement proches ?

Conter les péripéties déjantées d’une famille à la dérive depuis Iztapalapa jusqu’à un continent flottant constitué de détritus nécessite à la fois un solide sens de l’observation et de l’utopie catastrophique.

Le père autodidacte, velléitaire, s’engage dans des inventions qui nourrissent les chiens des rues mais conduit sa famille à la famine. La fille gothique dans l’âme ne rêve que de catastrophes, le narrateur adolescent collectionne les croûtes (non pas les tableaux ! mais bien ces concrétions consécutives à une blessure !). Il les négocie et les retient quand il les voit poindre sur le corps d’un de ses congénères. La mère est à peu près la seule à avoir le sens commun. Mais comme Cendrillon elle est affligée de 2 sœurs mal intentionnées qui détestent son mari.

De dégâts en dégâts cette famille un peu brusque mais très solidaire et tendre finalement, se retrouvera embarquée avec d’autres migrants de tous pays sur une île imaginaire, où l’université octroie des diplômes de récupération et recyclage. Et où les ressorts habituels de la démocratie ont du mal à se reconstituer. Mais qui finalement n’est qu’une métaphore de cette planète en dérive dans l’univers avec ses problématiques de déchets.

Avec le règne de la « Recyclaissance ». On ne devra pas s’étonner de rencontrer dans ce monde la Reine Craspec, les topographes capturés, « la tour des religions où on pouvait aller du boudhisme au christianisme orthodoxe comme on va de la charcuterie aux produits laitiers ». Le seul maire d’une ville qui n’existe pas. Un conseiller en projets de loisirs. Et la peur de « finir en dessert pour les requins ».

Car les migrants voués à l’exil par la faim ou le rêve d’un monde meilleur pour leur famille, ils sont ici comme partout le jeu de tous les escrocs, de tous les pouvoirs. Et se retrouvent finalement dans les « dirty works », les sales boulots dont personne ne veut. Quelques soient leur intelligence et leur humanisme, ils vont devoir repasser par la case départ de l’ascension sociale pour revenir bien souvent dans leur état initial et pays d’origine. « Home sweet home ». Mais entre les deux une vie digne d’un roman. Et le narrateur précis annonce la couleur dès l’arrivée sur l’île de Pangée : « Une nouvelle vie nous attendait, bizarre, macabre. Par moments même terrible, mais jamais, au grand jamais ennuyeuse ».

Mais les cascades d’échecs sous la plume alerte de Jaime Sandoval deviennent hilarants. Et de 13 à 107 ans on se sent gagner de sympathie pour la famille de Don Pepe Popote, alias ingénieur Mondragon (nom d’illustres migrants basques installés depuis des lustres au Mexique).

Pour l’originalité Le livre est traduit par Aleksandar Grujicic franco serbe quadrilingue, ex journaliste et écrivain avant de se lancer dans l’édition et conseiller en littérature espagnole et américaine chez Acte Sud.

Le livre dont le titre original est Republica mutante est publié aux éditions Thierry Magnier. Quant à la directrice de collection elle répond au nom breton de Soazic Le Bail.

C'est dire si cet Oasis dérive sur des eaux internationales!



   

Partager cet article

Repost 0
Published by pluiemexicaine
commenter cet article

commentaires