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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 19:26

Ras le bol!

Stop à la guerre!

Pour un Mexique juste et en paix!

 

Voilà 8 jours que nous sommes là, sur cette place, et ce n’est pas seulement le signe d’une blessure ouverte dans la patrie mais aussi -dans sa pauvreté et instabilité -de la fragile vulnérabilité dans laquelle vit la cité asphyxiée par le pourrissement de ses institutions et l’irrationalité démoniaque du crime. Nous sommes ici dans ces conditions, exigeant d’urgence des autorités qu’elles trouvent les coupables de ce crime qui nous a arraché nos fils, Jean François Sicilia Ortega, Luis Antonio Romero Jaime, Julio Cesar Romero jaime , Gabriel Alejo Escalera, crime qui nous a broyé l’âme.

 

Les défaillances du gouvernement de Marco Antonio Adame et de Présidents municipaux de Jiutepec : Miguel Angel Rabadan, de Texmixco : Nereo Bandera Zavaleto, Manuel Martinez Garrigos et du congrès de l’Etat sont effrayantes. Et j’en rappelle seulement une haut et fort, sans parler de plus de 1000 homicides sous leur gouvernance, non élucidés à ce jour : Le couvre-feu que décrétèrent le 19 avril 2010 les cartels et face auxquels ces autorités furent non seulement défaillantes mais presque obéissantes et lâches (elles mêmes fermèrent les institutions publiques laissant les citoyens à la merci du crime). Ce seul fait, où s’ajoute le millier d’assassinats non élucidés et ceux de Juan Francisco, Julio Cesar, Luis Antonio et Gabriel et ceux qui se sont passés ces jours ci - me parle de dignité citoyenne.

Me fait parler au nom de la dignité citoyenne pour exiger de Marco Antonio Adame, Miguel Angel Rabadan, Nereo Bandera Zavaleta et de nombreux congressistes défaillants et corrompus -chaque parti politique connaît les siens et doit le réclamer- la démission de leur charge gouvernementale.

 

Nous savons hélas qu’il n’existe aucune disposition légale de révocation de mandat.

Nous espérons qu’elle sera rapidement approuvée et puisse s’exercer. Mais il existe le scrupule et la dignité. Lors de votre prise de fonction vous avez juré devant la patrie, c’est-à-dire devant nous citoyens- d’appliquer la Constitution ou ce que le peuple vous demanderait et nous vous avons fait confiance.

Maintenant que vous vous en êtes montrés incapables, le peuple réuni au centre gouvernemental de Morelos, vous demande de démissioner. Honte à vous si vous ne le faites pas et honte aux citoyens de cet Etat.

Sans doute à cause de l’opprobre où nous ont plongé nos autorités, y a-t-il d’honnêtes policiers et de bons soldats qui risquent leur vie pour trouver les assassins de Juan Francisco, Julio Cesar, Luis et Gabo. Mais en ce moment n’ont cessé de se multiplier les assassinats d’enfants, de civiles, de migrants, de femmes et sur nos épaules pèsent 40 000 morts. Et nous ne savons ni leur nom, ni leur prénom, ni leur histoire pour les revendiquer moralement et indemniser leurs familles qui en plus de souffrir le mépris et la criminalisation de la part des autorités, sont pauvres. Alors nous citoyens de Morelos nous allons quitter la place et exiger la démission de nos gouvernants. Nous allons laisser sur le sol de la place du gouvernement et comme symbole de douleur et de mémoire, les noms de J. Francisco, Luis, Julio, Gabriel et de Maria, Jesus et Alvaro. A ces plaques nous ajouterons les noms de victimes qu’on reconnaîtra et de celles qu’on découvre encore, par l’incurie des institutions. Nous lançons un appel pour que sur chaque place de chaque village, de chaque commune, de chaque Etat on fasse de même.

Avec les assassinés qui y vivaient. Chaque place du pays doit se souvenir des morts causés par cette guerre imbécile, comme une mémoire de notre Holocauste.

 

Face à ces omissions, face à la violence de toute sorte qui domine le pays, face à cette guerre mal posée,

Mal faite, mal dirigée, le seul résultat , en plus de nous plonger dans l’horreur du crime, c’est de nous faire découvrir le pourrissement de nos institutions : Cette folie a brisé le tissu et le fondement de notre pays et on se demande où sont les gouvernements et les pouvoirs, où la classe dirigeante de la Nation, où l’Eglise catholique et les autres églises qui disent prendre soin de notre vie spirituelle, où la dignité syndicale qui dit garantir les droits des travailleurs et où les partis politiques qui disent avoir un programme pour la nation. Où sont les citoyens qui en se sont laissés aller sans veiller à ce pourrissement. Nous n’avons pas pris en compte la leçon zapatiste d’organiser en assemblées reconstituantes nos quartiers, nos villages, nos arrondissements, pour créer de la gouvernabilité.

Vous tous et chacun, et nous, sommes coupables d’omissions et complicités criminelles maquillées en légalités qui nous ont plongé dans le chaos. Et comme le disait le poète Mandelstam à Staline, nous devons maintenant sentir le sol sous nos pieds.

 

Jusqu’à maintenant plongés dans vos intérêts, embourbés dans vos misérables ambitions idéologiques médiatiques et électorales, obstinés à des idioties, loin de contenir cette violence vous êtes sont en train de dépouiller notre jeunesse de son espérance et de ses rêves et vous mutilez sa créativité, sa liberté et sa paix.

Les partis politiques ont de graves omissions face au crime organisé. Ces omissions ont été la monnaie de change pour s’arranger ça et là, érodant les institutions et blessant gravement la Nation.

Les gouvernants, tant exécutif que législatif, de la Fédération, des Etats et des communes ont maintenu impunément une bonne partie de la mal nommée classe politique parce qu’ils n’ont pas été capables de séparer le pouvoir judiciaire de la politique et protégeant ainsi les intérêts et complicités criminelles.

Quand la Colombie a réussi à séparer le contrôle politique du pouvoir judiciaire, elle a pu incarcérer 40% des membres du congrès liés au crime. Manques parce que au nom d’une guerre absurde des prétendus multi millions sont affectés à alimenter la violence et enlevés à l’éducation, à l’emploi, à la culture et à l’agriculture, détruisant ainsi le fondement social sur lequel repose la survie individuelle et la vie politique.

 

L’effort que nous pouvons faire, nous citoyens et quelques gouvernants honnêtes sera anéanti et rendu stérile sans les juges, les magistrats, les ministres de la justice. Aujourd’hui il y a plus d’incitation à opérer dans l’illégalité que dans la légalité. Les requêtes, plaintes, sont empilées pendant des années, les litiges et procès traités à la légère, les recours et pourvois à toute vitesse, les sentences en appels réduites, rabaissant devant les victimes une sensation de justice bâclée, qui les invite à faire justice eux-mêmes. Pour beaucoup l’impression que nous devons vivre dans l’illégalité nous la devons à un pouvoir judiciaire inefficace, corrompu et dépendant des mêmes corruptions politiques.

Les chefs d’entreprise ont failli, tout au soin de leurs intérêts particuliers au-dessus des gens qui rendent possible la vie des peuples. Leur égoïsme et leur vie timorée, les a empêché de dénoncer ceux d’entre eux - qu’ils administrent la banque ou tout autre type d’entreprise- qui blanchissent de l’argent. Cela leur a permis d’aggraver le chômage pour exploiter le travail honorable, mais mal payé, et maximiser leurs bénéfices. Cela leur a permis de détruire les formes de commerce nées de la vie de la cité pour étendre leurs industries et détruire les formes de vie autochtones.

Ils ont failli - et là je me réfère aux monopoles médiatiques- en ne permettant pas la démocratisation des médias, en manipulant la citoyenneté à travers eux, pour conserver leurs intérêts, augmenter leurs capitaux et négocier avec les partis. Il n’est pas possible que cette nation ait le chef d’entreprise le plus riche du monde et 50 millions d’hommes et de femmes, de garçons et de filles, dépouillés et plongés dans la misère. Nous assistons aujourd’hui à une guerre entre les géants de la télécommunication, une guerre si imbécile et absurde comme celle du gouvernement et du crime organisé, et nous ne savons pas si leur dispute est celle du marché, par fantasme ou pour savoir qui va réussir à spolier le plus de mexicains.

 

L’information de la Banque Mondiale sur le Développement qui circule en ce moment, selon Jorge Montaro à l’origine de cette information, dit que : L’emploi, la justice et la sécurité citoyenne sont fondamentaux pour casser les circuits de la violence criminelle et politique(…)Le trafic de drogues, la traite des personnes, le blanchiment d’argent, l’exploitations des ressources naturelles, les violations aux Droits de l’Homme sont des activités lucratives qui facilitent l’intrusion de la délinquance organisée dans les vulnérables structures sociopolitiques, judiciaires et sécuritaires’’ de pays comme le nôtre.

 

Les syndicats ont failli parce qu’ils ne se constituent pas tant pour la défense des travailleurs que par clientélisme politique. Ils ont vu l’Etat , et continuent à le voir ainsi, comme une mammelle dont-ils peuvent traire des gains corrompus . Le cas le plus patent est celui du Syndicat de l’éducation qui s’est converti en marchant de votes avec qui d’avance, les partis et gouvernants engagent leur agenda et la dignité du pays.

 

Les Eglises ont failli. La mienne, Catholique, que je considère comme mienne et celle de la majorité de ce pays, a failli, parce qu’à réduire la vie de l’esprit et le flot de l’amour du Christ à une pauvre morale sexuelle, et au soin de l’image déjà bien détériorée de son institution, elle a laissé tomber l’amour au service des pauvres. Et comme la classe syndicale et entreprenariale de ce pays, elle a recherché le pouvoir, le clientélisme politique, et la richesse, insultant à l’Evangile. Elle est responsable parce que préoccupée par la vie qui est dans le ventre des mères -et qu’il faut défendre!-elle a oublié ceux qui sont déjà là. Nous sommes devant le mal et l’Eglise doit dire comme Saint Augustin : « ils cherchent d’où vient le mal et n’en sortent pas.» Si elle parle haut et clair, si elle renonce aux compromissions et aux privilèges qui masquent le crime. Si elle est fidèle au seigneur et disposée à donner sa vie , nous pourrons faire diminuer rapidement le nombre des victimes.

 

Tous et chacun d’entre vous et de nous, avons posé comme valeur suprême celle de l’économie dans son acception la plus pervertie , celle de la consommation et de l’argent. En son nom on a détruit tous les milieux de convivialité, les réseaux de solidarité mutuelle jusqu’à nous plonger dans l’horreur de la violence, la misère et la peur. Chacun d’entre nous devons y succomber et nous connaissons notre tradition : Pour cela nous nous disons que toute cette violence doit cesser ou que le pays est foutu.

 

En 1994, quand les indigènes de ce pays se sont soulevés à la frontière sud, aux Chiapas, avec leur, « Maintenant assez! » ils ont fait découvrir à la patrie, l’immense quantité des exclus que vos ambitions, intérêts, luttes grossières ont ignoré et humiliés. Ce faisant ils nous ont montré aussi la dégradation subie par le socle de la nation depuis des décennies. Malgré leurs légitimes revendications, malgré leurs propositions pour reconstruire un Mexique dans lequel nous allions tous y passer, vous les avez ignorés. Vous les avez réduit à un cercle militaire et médiatique.

17 ans après, votre surdité et la poursuite de vos mesquines ambitions vous avez fait qu’à la frontière du nord, à Ciudad Juarez s’installe la violence, l’impunité et la peur. Entre ces frontières, celle du nord, de l’impuissance, du pourrissement des institutions et de l’empire du crime impuni, et l’autre, celle du Sud où résiste comme elle peut, une poignée de dignité morale, les famille de ce pays sont brisées mais non vaincues. Elles sont profondément affligées mais pas terrorisées, sinon par les indignités. Pleine de cette force morale que les indigènes et les exclus de cette Nation savent nous communiquer.

 

Avec cette dignité et accompagnés de Julian Le Baron, d’Olga Reyes, des parents de la garderie ABC, d’Emilio Alvarez Icaza, du père Miguel Concha, de Miguel Angel Granados Chapa nous appelons à une nouvelle marche le 8 Mai au Zocalo de la ville de Mexico. Nous citoyens de Morelos, nous partirons en marchant depuis la Colombe de la Paix le 5 mai, pour passer la nuit pour passer la nuit le 7 à l’Epi la sculpture de Rufino Tamayo qui se trouve au centre culturel de la UNAM et nous partirons le 8 à 7 heures du matin, jusqu’au siège de la République. Nous invitons tous les citoyens des autres Etats de la république à faire de même et nous rejoignent au Zocalo de Mexico.

Nous marcherons en silence après ces jours de recueillement et de méditation pour retenir la violence- pour vous dire que le temps est venu de réparer notre tissu social fondamental- un des dons les plus précieux que nous ayons!-et de refonder la Nation.

 

Nous irons au Zocalo de Mexico pour exiger du Président de la République et du Congrès de l’Union, des partis politiques, de leurs leaders, des chefs d’entreprises, des leaders syndicaux, des églises et de leurs hiérarchies qu’ils assument leur responsabilité pour que les millions de Mexicains qui aiment cette terre appelée Mexique ne voient pas s’éteindre leur avenir.

 

Nous allons les convoquer là, pour qu’avec nous et devant nous, ils s’engagent à signer un pacte national authentique sans simulations ni scénographies institutionnelles- ces institutions qui ne sont plus que de simples vestiges de ce qui fut la Nation. Nous allons les convoquez pour qu’ils signent un pacte au centre de la ville la plus affligée d’entre les affligées, dans la ville où il y a eu le plus de morts ces dernières années, au centre de Ciudad Juarez. Là, dans la blessure ouverte de la frontière nord. Nous allons vous convoquer pour que vous, qui avez mal employé notre argent, avez décidé sans nous consulter, et en notre nom avez trahi notre confiance et mis le pays en état d’ urgence nationale, vous signiez un pacte qui permette de restaurer l’image de la Nation que vous avez dégradé et que vous montriez ce que valent les fonctions que vous arborez avant qu’il ne soit trop tard.

 

Nous allons aussi là pour nous dire à nous même, face à vos défaillances et complicités, que nous aussi depuis la base pouvons si nous nous organisons tenir des assemblées constituantes et reconstituantes, dans chaque arrondissement, quartier, communauté, pour créer une gouvernabilité et une sécurité locale et fiable.

 

Nous allons marcher en silence - le lieu où naît la parole et où on se recueille pour comprendre les sens profonds. Nous allons marcher en silence pour éviter que les cris ne nous trompent et que l’indignation, qui mène souvent à l’insulte, nous fasse perdre l’amour. Ce silence dans lequel nous nous recueillons , marque le temps nécessaire pour que surgissent la parole et les mots clairs et précis dont nous avons besoin . Nous irons précédés du maximum d’emblèmes de notre maison , le drapeau du Mexique, là où pour la première fois les anciens virent le lac, l’aigle et le serpent sur le nopal.

 

Nous y allons pour vous obliger - vous qui avez oublié que la souveraineté vient des citoyens- à faire un pacte avec nous et face à nous. Pour vous obliger à réaliser un effort profond et systématique pour empêcher cette violence qui nous a arraché l’âme et le corps. Nous dépossédant du droit que nous avons de vivre en paix dans un Mexique ou nous vivons avec ceux qui nous sont chers, et tous les êtres chers à chaque habitant de ce pays.

Parce que le temps presse nous viendrons vous demander : Comment pouvez vous vous présenter aux élections si vous n’êtes pas capable de vous mettre d’accord entre vous pour défendre la vie de chaque fils et fille de notre bien aimé Mexique?

 

Je pense en plus qu’il faut rendre sa dignité à cette Nation et faire que cette douleur serve pour retrouver l’amour et la justice que nous avons perdu.

 

Discours prononcé sur la place d’Armes de Cuernavaca, Etat de Morelos, Mexique.

 

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Published by pluiemexicaine
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