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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 10:34

Javier profe
« Impuissance, tristesse, colère, choc…notre maître et ami, enseignant et chercheur à l’Université autonome Metropolitaine Iztapalapa, a été tué alors qu’on tentait de le voler à l’entrée de l’université.
Franciscco Javier Uribe Patiño a consacré sa vie à l’étude de la société. psychologie sociale, violence et démocratie ont été ses principales aires d‘investigation.
Il a été au cœur du Mouvement de 68 et de ceux qui ont transformé l’université nationale autonome du Mexique.
A la fin du Mouvement de 68 , alors professeur de collège, il est parti à Paris étudier avec Serge Moscovici.
C’est depuis l’école Moscovicienne, la théorie des représentations sociales et celle des minorités actives qu’il a axé totalement sa vie académique et intellectuelle.
En plus d’être un grand causeur, une petite question déclenchait chez lui un voyage à travers l’histoire, l’anthropologie, la société. Entre science, voyage et humour, « Prof Javier » comme nous l’appelions, était - il est difficile de parler au passé - est un ami et maître bien-aimé et un pionnier de l’étude de la démocratie et de la psychologie sociale au Mexique. »
C’est en ces termes qu’Argelia étudiante de Javier Uribe Patiño a annoncé sa mort le 28 février en début d’après-midi.

L’indignation et les témoignages de ses étudiants ont été très nombreux aussi sur les réseaux sociaux. Lorsque le corps de leur professeur a été déposé dans l’amphithéâtre de la UAM, ils ont déclenché en accord avec le Recteur un mouvement de colère et réclamé une enquête fiable, refusant toute impunité pour cet assassinat à la porte de leur université.
En effet en 2009 un autre professeur Carlos Fortino, lui aussi sexagénaire avait été tué dans des circonstances analogues: deux personnes sur un scooter, une tentative de vol, des hommes ralentis par l'âge qui ne peuvent se défendre, un coup de pistolet. Des sites comme Pulso Ciudadano ou la voix marxiste Militante, récapitulent aussi le nombre d’étudiants de la UAM assassinés sans que l’on ait découvert les coupables. Et parlent de « crimes d’Etat ».
Javier Uribe faisait partie des fondateurs en 2010 du RENIRS réseau national de chercheurs en représentations sociales et centre mexicain d’étude pour ce domaine. Ce réseau avait été créé sous le patronage scientifique de Serge Moscovici. Il intervenait dans le Revue Polis, d’investigation et analyse sociopolitique et psychosociale.
Il était l’auteur d’ouvrages diffusés sur le web :


Le sens de la justice, 2003
Les sens de la violence, 2003
Les représentations sociales 2004
Psychosociologie de la violence 2004
Vous avez dit Justice? 2003
Bien être social et démocratie 2011 publié chez Miguel Angel Porrua
Ces livres étaient coécrits avec son épouse Maria Teresa Acosta Avila, ellle aussi enseignante à la UAM.

Dans Violence et Démocratie le 8 janvier 2012 il rappelait  combien «  il est important de caractériser la violence par la théorie des représentations sociales. » et d’analyser des éléments apparemment anodins comme « les à priori, stéréotypes et régionalismes pouvant déclencher la violence ».

En 2010 j’avais copié pour Javier Uribe un livre introuvable au Mexique et sur la toile. Nos échanges ont été très chaleureux et d’une grande simplicité. Nous nous sommes rencontrés ensuite à Mexico autour d’une naissance et je l’ai vu arriver avec une énorme peluche dans les bras. Ses souvenirs parisiens de débutant en français, au marché, dans les charcuteries, étaient des plus savoureux. Je comprenais le charme sous lequel il tenait ses auditoires. Son épouse racontait la naissance de leur fille à Paris.
Leur amour pour la culture française était sincère, profond et communicatif: plusieurs de leurs étudiants s'étaient mis à apprendre, à lire le français et à venir étudier à Paris. Nous étions appelés à nous revoir…
Je suis aussi particulièrement triste et sous le choc de cet assassinat. Outre les mouvements de sympathie, d’amitié et d’admiration j’espère qu’il déclenchera des débats sur la violence dans la capitale, sujet singulièrement passé sous silence dans cette période préélectorale. Car il serait important que le pays tire des leçons des études entreprises par ses chercheurs surtout lorsque ceux-ci oeuvrent dans leur domaine, pour le bien-être social et la paix nationale.

 

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Un article de Vocero, journal de la UAM Iztapalapa, hommage en espagnol


Bien-être social et démocratie ed Porrua disponible chez Buscalibros

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Published by pluiemexicaine
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