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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 23:22

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JULIA LEBARON vient de quitter le Mouvement pour la Paix. Après s’en être expliqué avec Javier Sicilia.
Il l’a fait ouvertement dans une lettre ouverte au journal Animal Politico. Reprochant une trop grande propension au dialogue avec les politiques qui serait pour lui une dérive du mouvement. Il explique s’y être engagé parce que Sicilia interpellait les gouvernants par des actes de désobéissance civile. Mais que cela n’est plus le cas aujourd’hui.


Curieusement en effet j’avais remarqué son absence au lancement de la campagne Dans les chaussures de l’autre. Un tweet le lendemain s’excusait disant qu’il avait oublié la date alors qu’il se trouvait pourtant dans la capitale. J’avais été étonné et pensé à une sorte d’acte gratuit, le faisant échapper à une très grande émotion de voir un comédien sur l’écran dire, je suis Benjamin LeBaron. Son frère évêque Mormon assassiné avec un de leurs amis.
Impressions fugaces. En général les Tweets de Julian LeBaron sont empreints de force et d’admiration pour la beauté. Celle de la neige sur le désert par exemple, m‘a beaucoup ému. Mais aussi des allusions à Gandhi et à la désobéissance civile.
Un jour cependant il fait état d’une visite avec le député Javier Corral (PAN) et son épouse. « Et de l’enrichissant échange de réflexions. » Son premier ami assassiné était commandant de la Police municipale. On n’imagine donc mal Julian LeBaron faire de la ségrégation entre les hommes. Et se couper de la société.

Pourquoi ce revirement? Alors que le 14 janvier AMLO disait dans Milenio Jalisco lui avoir demandé ainsi qu’à Sicilia de devenir candidat au congrès et qu’ils avaient tous deux refusé?
En tout cas Sicilia était très clair à Radio Formula :« mon chemin comme celui de Julian LeBaron est celui de la citoyenneté. »  Ailleurs dans son entretien avec Fabrizio Lorusso il décrit plus amplement cette détermination.
Certes Le Baron très tourné vers la vie intérieure aussi écrit dans Real Politica : « La responsabilité d’éteindre la violence dans la société est en nous pas dans les gouvernants ». « Il n’y a pas de sauveurs ni de messies populistes. C’est un rêve, une illusion de penser que le politique sera un Quetzacoalt qui vient nous émanciper de notre mal, mais ce Quetzacoalt* que nous cherchons est en chacun de nous. »
Cette notion de trouver en nous « l’espérance dans le Mexique, pour toutes les classes sociales », revient régulièrement chez lui.
Ailleurs il écrit sur Twitter « Je ne pense pas appuyer aucun politique, le politique est criminel et nous divise. »

En effet il doit se frotter les mains le politique qui règnera peinard, sans revoir aux côtés de Sicilia, le grand homme au chapeau blanc.

Et il s’agit bien là d’une forme sinon de division au sens fort, du moins de scissiparité. La période électorale y joue certainement un rôle majeur.
Les candidats, s’ils n’ont pas ouvertement osé annoncer comment ils éradiqueraient la violence et rendraient justice aux victimes (peur de fâcher quelconque responsable caché dans un ministère, un bureau, une banque, un casino!) ont néanmoins compris le poids de cette ola citoyenne. Le nombre aussi de mexicains touchés par le sujet. Leur appétit de victoire s’en est aiguisé. Comme le loup de Tex Avery, eux ce sont des bulletins qu’ils ont dans les yeux. Les uns après les autres les têtes du mouvements ont été sollicitées. Le PAN (sur le cite duquel clignotait des publicités réclamant des compétences sociales) a réussi à obtenir de Isabel Miranda de Wallace militante du Mouvement qu’elle postule à la candidature de Gouverneur du District Fédéral. La fondatrice de l’association Halte au Séquestre, mère du jeune Hugo séquestré et assassiné, a évidemment été d’avance critiquée pour son manque d’expérience.
Elle a fait néanmoins d’intéressantes et innovantes propositions en cas de succès de remplacer l’Assemblée Législative Locale uni partiste par une assemblée citoyenne. Cela fait certainement peur aux politiciens de métier, mais pourrait représenter un progrès. (Je n’évoquerais pas le reste bien plus « dans la ligne du parti » ).
AMLO qui n’a pu obtenir les deux lieders charismatiques cités plus haut, a déclaré qu’il était « sûr de la présence prochaine de candidats citoyens dans les rangs de la gauche au congrès ».
Lui et Josephine Vazquez Mota candidate du PAN à la Présidence de la république ont accepté de se rendre à une rencontre avec des membres du Mouvement pour la Paix venus leur poser des questions sur leur appréhension du problème. En revanche le favori des sondages le PRIiste Peña Nieto n’a pas daigné répondre.

Sont ce toutes ces rencontres que n’a pas apprécié Julian LeBaron? Il est vrai que de l' entrevue avec Felipe Calderon début juillet n’était pas ressorti grand-chose. Mais elle partait d'un sentiment de confiance humaine et citoyenne qui se refuse à voir un monstre dans l'adversaire. D'après Sicilia il en est ressorti une sensation de surdité de l'excécutif. En revanche la prise de conscience législative avait sans doute abouti à la création du Ministère Provictima et du sous-ministère pour les disparus. Réussite due exclusivement au Mouvement pour la Paix et à son remuement de la conscience collective.

 
Dans le Mouvement se trouvent évidemment des personnalités engagées dans la vie civique. Comme l’ancien médiateur national aux Droits de l’Homme, Conseiller de l’Institut électoral  fondateur d’Alliance Civique en faveur de la protection du vote. Il est bien évident qu’un tel homme croit en un pouvoir électoral. En tant que Médiateur il a l'habitude du dialogue avec les gouverneurs.


Quoi qu’il en soit Emilio Alvarez Corral est forcément éloigné de la désobéisance civile chère à LeBaron comme à Sicilia. Il s’est exprimé immédiatement dans Animal Politico : « Nous ne pouvons nous substituer aux politiques que nous payons pour faire ce travail. Mais nous pouvons exiger qu’ils fonctionnent et aussi leur faire des demandes  pour qu’ils y répondent, et construisent. »  Il termine en remarquant :  « La société fait partie de l’Etat. » Ce qui paraît évident : Les routes sur lesquelles nous allons sont décidées par des personnes que nous élisons et sont payées par nous qui sommes l’Etat. Exemple basique et simpliste mais on pourrait s’étendre à tous les domaines.


Où est là solution? Le politique a-t-il réussi à fissurer le Mouvement pour la Paix? Faut-il s’impliquer à fond citoyennement dans les campagnes pour être sûrs d’obtenir un gouvernement qui tienne ses engagements? Sachant que selon l’adage populaire et la psychologie politique le pouvoir tourne la tête, attendre le pire et se retirer au désert? Faudrait-il tout balayer comme l’ont fait les communes de Chéran où certaines dans l’Etat de Oaxaca ou de Chiapas? Et que les citoyens reprennent en main, à leur manière les rênes de la vie publique. Ce qui est possible au niveau de petites communautés ou village de 2000 âmes ou dans les quartiers est-il transposable dans une mégapole, dans les états et dans une république Fédérale? En tout cas ces idées-là sont sans doute à germer et à peaufiner.
Il semble cependant que ce projet ne puisse être réalisé en cinq mois. Et que beaucoup ayant tellement à y perdre cela pourrait entraîner une guerre civile. Déjà, des mécanismes d’auto-défense redoutés par Sicilia ont eu lieu à travers des lynchages (et tentatives) de pseudo séquestreurs.Permettant aux pulsions les plus viles de prendre appui sur la peur. Et comme en temps de guerre s’attaquant à des hommes innocents mais jalousés.
Certes on  ne peut pas comme certaines mères imposer l’unité à tout prix et chacun doit aller son chemin. Et il n’est pas de peuple parfait. Mais il faudrait trouver un levier pour que l’actuel exécutif pendant le temps qui lui reste, au lieu d’encenser l’armée et de visiter les indigènes en treillis, commence sérieusement à rendre justice à des familles de victimes. Et ressorte les dossiers classés. Ses successeurs ne pourraient plus revenir en arrière. Le première fonction régalienne de l’Etat n’est elle pas avant tout de protéger la vie de ses citoyens en leur rendant justice? C’est la demande principale des victimes qui savent elles aussi dans leur douleur qu’un état sans justice est foutu.
Mais comme il serait dommage aussi, que pour des erreurs de parcours ou de rares initiatives peu fructueuses, nées de la formidable éruption d’idées au service du bien être des citoyens, un Mouvement sans équivalent dans l’histoire du Mexique perde cette force magnifique et pacifique qui irradie son modèle bien loin de ses frontières.

 

Animal politico 24/02/2012 link

L'article axé sur l'amitié exprimée à LeBaron par Sicilia, donne un lien pour accéder à la lettre du

premier.

*Quetzacoalt le dieu qui doit revenir sauver les aztèques.

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Published by pluiemexicaine
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