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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:36

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Ne cherchez pas dans les romans de David Tosca cet air du temps qui attire les européens vers la littérature mexicaine contemporaine. Ni enlèvements, ni tueries massives. Pas davantage de peur collective dans les mégapoles. Bien qu'originaire de Monterrey, ce cas à part ne succombe à aucun des clichés ou réalités qui font frémir le lecteur sous la couette.

Ses personnages ont leurs propres marottes, des idées inédites et des aventures inouies.

 

Après El Ultimo Lector, bibliothécaire de campagne, soustrayant au prêt les livres qui ne lui plaisaient pas, après l'écrivain public du Dernier train pour Tuzla, collectant une histoire de passion qui finit par l'engloutir ou le sauver, voilà l'épopée minuscule d'une troupe d'adolescents un peu demeurés sous le commandement d'un prof d'histoire obsédé par Fort Alamo. Tout irait bien si cet hurluberlu n'avait décidé de reprendre ce lieu mythique aux gringos. Entrainant avec lui ses élèves.

L'art de la guerre, une illiade locale mais avec tous les ingrédients. Les troupes, l'entrainement, le paquetage, pour la logistique. Mais aussi l'hystérie des mères pour les héros, une certaine façon de s'en débarasser, le sacrifice des jeunes générations, l'auréole du chef, pour la symbolique. Les relations de proximité imposée, d'amour, de jalousie, l'émulation, la tendresse des braves. Ce que la littérature de guerre n'oublie jamais.

Et jusqu'à la quête utopique, menant à une reconquête improbable, l'objectif devenu mirifique, mais au fond tellement dérisoire à l'origine de toutes les entreprises guerrières.

Aucune condamnation directe, pas de polémiques. Une aventure don Quichotesque de félés assez heureux. La drôlerie de leurs pensées ou de leurs réflexions, l'inattendu de leurs gestes. Une littérature jouissive, fondée sur l'imagination débridée de son auteur.


Surtout ne pas se fier à la civilité voire rondeur de David Toscana. Il affleurera à un moment ou un autre son sourire de chat, guettant la souris du réel, prêt à poser la patte de son esprit sur un mot, une idée banale, un lieu commun. A s'en amuser, à le triturer et s'en délecter. Cela mène parfois l'ancien ingénieur à des descriptions presque scientifiques de tous petits détails.

Le contexte historique joue aussi un rôle mais pas tellement plus que les autres personnages. Néanmoins ici les jeux olympiques, pèsent sur Matus le général et prof, qui se trouve être un marathonien! Médailles sportives ou militaires même mirage.

C'est cette mixture tellement rare qui fait la densité des romans de Toscana. Le tout repose sur la profondeur d'esprit et l'intelligence. Sans que rien de complexe n'affecte le courant de la narration. Et sans doute est-ce là, la maîtrise. Faire se sentir à l'aise dans un récit qui n'a l'air de rien.

L'armée illuminée, illumine la littérature d'un esprit de sel magique. Passé l'effet immédiat, reste cette aise durable, qui marque l'excellence. Nous tirant de la mastication fastidieuse d'une certaine littérature française, Toscana nous sauve de l'indigestion!


 

  tosc

Traduction française François-Michel Durazzo

 

"Laissez plutôt le deuxième point pour demain, dit Azucena, parmi nous il y en a qui ont du mal à assimiler plus d'une idée par jour"

"On entend aussitôt deux autre tirs, la bouteille de brandy reste sur les pierres, indemne, malveilante."

 

Ci-dessus David Toscana à Lettres sur Cour Vienne

Photo Pluiemexicaine

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Published by pluiemexicaine
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