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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 20:08

 

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Javier Sicilia bien qu’il ait annoncé son repos du Mouvement pour la Paix dans la Justice et Dignité créé à la suite de l’assassinat de son fils ne peut évidemment se taire. Son statut de journaliste au magazine Proceso lui permet toujours de faire entendre la voix des victimes et rappeler les valeurs sociales auxquelles toute politique devrait s’attacher.

 

Dans son article La présidence de l’horreur, du 4 novembre dernier, il rappelle la définition du totalitarisme par Alain Finkielfraut, faisant « coïncider la bureaucratie- intelligence purement fonctionnelle avec les possédés- intelligence sommaire, binaire,abstraite totalement indifférente à la singularité et à la précarité des destinées individuelles. »

Seulement ces totalitarismes cherchaient à s’ancrer dans des images déformées de l’humanité et du sens de l’histoire, « tandis que sous le gouvernement Calderon n’existe aucune image d’humanité ni d’histoire. »

« Et sous un masque de démocratie et de progrès ne règne que le pouvoir pur, la discussion sans respect territorial, l’argent et l’instrumentalisation pure et simple de la vie humaine. »

Mais aucun monolithisme étatique car la frontière entre l’Etat et l’illégalité sous Calderon est totalement floue et impossible à délimiter. Sicilia rappelle Gustavo Esteve.

 

« Peut être ce gouvernement dans son horreur est-il le masque le plus expressif qui recouvre les états y compris libéraux qui se font une idée du progrès fondée sur l’argent et le pouvoir et dont la déité n’est que vide, néant, horreur »

 

Pour lui le départ de Calderon mais bureaucratie et possédés resteront comme un signe des temps où la violence et l’argent usent les êtres humains, leur culture et leurs territoires pour la maximisation et le soutien des grandes capitales.

« La venue d’Enrique Peña Nieto n’annonce pas autre chose : la partidocratie qui siège dans les Chambres et les instances judiciaires banques, entrepreneurs corrompus et le réseau des organisations criminelles. »

« C’est pourquoi puisque la classe politique ne comprend pas l’état d’urgence nationale ni la nécessité à replacer l’humain au centre de la vie de la cité- il faudra continuer à sacrifier les travailleurs, à détruire la campagne, à vendre les territoires, en maintenant l’impunité, en ignorant le lavage d’argent sale, et les victimes du crime. Et aussi les abus de l’Etat supportant que les gens soient assassinés de manière effroyable, qu’ils disparaissent, soient vendus et réduits en esclavage. »

 

A travers ce monde exempt de sentiment Sicilia entend la voix du père de Tout Passe de Vassili Grossman, disant à son fils en larmes sur les ruines de la mer Noire « Le progrès a besoin de victimes » mais en écho la réponse profonde du fils « les victimes ne sont pas des données économiques. Ce sont des êtres humains, des familles. C’est la vie réelle et concrète, une économie dont le sens profond est fondé sur la « maison et ses protecteurs ». Sans eux pas de vie, pas de tissu social, pas de solidarité, pas d’amour, pas de compassion, pas de maison »

Que reste-il à l’humanité?

 

Si tout est violence, sang versé, que reste-t-il à l’humanité? Vient à Sicilia la réponse un autre personnage de Grossman , « la petite bonté ». Celle de tous les jours, dit aussi Finkielfraut, sans discours, sans doctrine, la bonté des hommes qu’elle soit le Bien religieux ou social, le désintéressement tacite, le geste simple d’un être envers un autre, plus loin et plus proche que toutes les généralités et abstractions »

 

La bonté des « Patronas » qui chaque jour apportent des provisions aux migrants voyageant sur la Bestia, celle du père Solalinde et des siens qui les hébergent, la bonté d’une femme accompagnant une victime chez un procureur pour demander justice. Celle des communautés et des villages qui sans aucun souci d’argent ni de pouvoir, veillent les uns sur les autres et protègent l’humain pour que puisse cicatriser et fleurir la vie. »

Une vie politique qui ne recueille pas cette bonté comme centre de la vie sociale et du que-faire-politique, restera comme dans le passé, celle de l’horreur et de la force débridée.

 

Comme toujours Sicilia préconise des mesures concrètes :

« le respect des Accords de San Andrès, la libération des zapatistes emprisonnés, et de tous les prisonniers de l’APPO, la résolution de la question du Casino de la Forêt, la fermeture de la compagnie Minière San Xavier du mont San Pedro. La tenue d’un procès politique à Ulises Ruiz, le changement de stratégie sécuritaire, et l’indemnisation des victimes de la guerre de Calderon et la promulgation de la Loi des Victimes.

 

 

Vassili Grossman écrivain soviétique.

Alain Finkielfraut philosophe français contemporain

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Published by pluiemexicaine
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