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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 12:30

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Il cueillait aussi le café Lucio Cabañas, le guerillero des pauvres, le Tigre d'Atoyac.

Ce café de la Sierra d'Atoyac qui dans ma tasse quotidienne exhale son ensoleillé, son suave et sa vaillance. Et qui cultivé dans la tradition est pour moi l'exellence du café mexicain.

L'arôme m'entraine sur ses pas dans la selve alors profonde, celle qui peut cacher les rebelles pétris d'amour humain,de dignité et de justice.

Il me semble le voir marcher devant moi. Parmi ses compagnons, attentif et doux. Mais déterminé.  

Cet instituteur, après avoir été secrétaire de la Fédération des étudiants socialistes paysans en 67, s’est opposé à un recteur qui voulait imposer l’uniforme, dans une région où la pauvreté ne permettait pas aux familles cet achat somptuaire. (Les uniformes scolaires mexicains comportent jupe plissée ou pantalon, chaussettes, chemisier, chandaïl, chaussures, cravate, chaussures noires. On voit les parents écumer les soldes avant la rentrée pour satisfaire à ce qui est devenu depuis obligatoire). Le recteur y avait laissé sa place. Ses partisans sont restés.
Ensuite lors d’une grève de collègue, sur une petite place de village, qui s’était terminée par une fusillade due à l'irruption de policiers, Lucio Cabañas gagne le maquis et se joint au groupe de Genaro Vasquez Rojas. De maisons en communautés il répand la parole révolutionnaire, crée un groupe de justice, aide à régler des problèmes, la population l’apprécie. Le gouvernement ne faisant pas le nécessaire contre la corruption et la violence faites au peuple, ses brigades jugent deux caciques vereux. Il ne se départit pas de sa foi catholique. Il crée le Parti des Pauvres (PdlP) qui s’autofinance à partir de 72 en séquestrant des millionnaires et se servant dans les banques. Là naît sa légende qui le montre comme Zapata ou Villa, redistribuant cette manne aux démunis de la Sierra.

En 74 l’ambitieux sénateur briguant le poste de gouverneur, Ruben Figueroa veut rencontrer les guérilleros pensant qu’ils pourraient constituer un soutien politique. Mais les Brigades ne se laissent pas amadouer et utilisent son avidité électorale. Il est séquestré pendant trois mois. Figueroa est l’homme qui a depuis conclu un accord de déforestation avec la firme canadienne Bois Cascade et qui devenu cacique local, entrepreneur de bois, a été responsable de violences sans nom contre les paysans écologistes et tout mouvement contestataire. L’armée a prétendu l’avoir récupéré alors qu’il aurait payé 50 millions de pesos pour être libéré. Blessé à la cuisse dans un premier affrontement Lucio se cache pendant l'automne.

Le président de la République Echevarria responsable quand il était ministre du massacre de Tlatelolco le 2 octobre 68 et de ce qu’on a appelé la « Guerre sale » envoie 1200 militaires contre Cabañas, sans compter les chefs. 50 mourront dans une première chasse. Encerclé Lucio Cabañas s’enfuit. Mais on le suit en hélicoptère et il est finalement blessé. Atteint à la mâchoire et à l’épaule il finit par mourir en s‘échappant encore.

Son armée de 300 guérilleros sera décimée dans les années qui suivent. Plus de 400 personnes disparaîtront dans cette région de Guerrero sous le gouvernement de Ruben Figueroa décédé en 91. Le Parti des Pauvres continuera jusqu’en 1989. Fusionnera ensuite avec d’autres mouvements révolutionnaires.

La violence ne cessera jamais dans cette région où les paysans luttent désespérément et intelligemment pour la préservation de leur milieu de vie, et de travail, contre les prédateurs de toute origine. Là a été créé l’OCESP en 98. Organisation des vaillants militants Eva et Marcial enlevés en décembre 2011.

Ayant étudié à l’école normale de Ayotzinapa (où a eu lieu en novembre dernier une grève réprimée dans le sang) Lucio Cabañas en est une figure emblématique. Sa révolte a aussi éclairé les manifestations de l’éducation à Oaxaca en 2006.

Son épouse Isabel Alaya Nava elle aussi militante sociale a été tuée à la sorti d’une église le 3 juillet 2011. Elle avait 54 ans. Venait de déposer plainte pour l’assassinat de son frère. Sa sœur Reyna 58 ans a aussi été tuée. Cela s’est passé depuis une voiture. Puis un des assassins est sorti leur voler leurs portables, sans doute porteurs de données intéressantes dans cette chasse aux défenseurs des droits de l’homme.
Il y a beaucoup à penser qu’il ne s’agit pas d’un crime narco, mais d’une nouvelle exaction politique.

La fille de Lucio Cabañas et d’Isabel, Micaela est fière d’être la fille du commandant guérillero des pauvres.


De nombreux livres et un film de Gerardo Tort ont été consacrés à cette figure importante de la résistance mexicaine. Notamment le très beau livre de Carlos Montemayor, Guerre au Paradis (ed Diana 1990). Et celui de Camarada Ernesto  Le Guérillero

Je ne résiste pas au plaisir de rajouter une chanson du genre « corrido » épique, émouvante, composition narrative de Juvenal Sanchez à la mémoire du Tigre d’Atoyac.

J'aime beaucoup cette version qui me semble la plus populaire et me rappelle les traditionnelles chansons rurales italiennes.

 

 

 

 

LE TIGRE D’ATOYAC

Le 27 juillet
De l’année 74
Montent les fédéraux
A la Sierra d’Atoyac
Cherchant Lucio Cabañas
qu'ils veulent assassiner.

Lucio Cabañas Barriento
Le rebelle guérillero
Est un tigre courageux
Qu’on ne met pas en laisse
Il séquestre les millionnaires
Ne craint pas le gouvernement

Lucio Cabañas criait
Ne sortez pas de la forêt
Attention mes compagnons
Ici viennent les fédéraux
Qu’ils rampent dans les buissons

Dans la Sierra Saint Vincent
Commence la fusillade
On entend les mitrailleuses
Des tanks de guerre aussi
Résonnent plusieurs canons
Jusqu’au fond de la Montagne

Marchent 10 000 soldats
De la force fédérale
Ils assiègent la montagne
Ils cherchent Figueroa
Qu'ils veulent récupérer.

Bon je m’arrête là,
Vive les hommes vaillants
Qui ne savent pas s’écraser
Vive Lucio Cabañas
Dans la Sierra d’Atoyac.


(Trad française pluieMex.)

Et pour suivre la chanson :

EL TIGRE DE ATOYAC

1. El veintisiete de junio
del año setenta y cuatro,
subieron los federales
a la sierra de Atoyac,
buscando a Lucio Cabañas
queriéndolo asesinar.

 2. Lucio Cabañas Barrientos
el rebelde guerrillero
es un tigre muy valiente
que no se liaron el cuero,
sequestra a los millionarios
y no le teme al gobierno.

 3. Gritaba Lucio Cabañas:
De esta sierra ya no salen,
cuídense mis compañeros
ahí vienen los federales,
aviéntense pecho a tierra
allí entre los matorrales.--

 4. En la sierra San Vicente
se formó la balacera,
se oían las metralladoras
también los tanques de guerra,
se oían varios cañonazos
en el fondo de la sierra.

 5. Andaban diez mil soldados
de la fuerza federal,
tenían la sierra sitiada
no se podía caminar,
buscaban a Figueroa
queriéndolo rescatar.

 

6. Ya con ésta me despido
ya me voy a separar,
¡vivan los hombres valientes
que no se saben rajar!
¡que viva Lucio Cabañas
en la sierra de Atoyac!

 

Sur Youtube de très beaux reportages sur Lucio Cabañas.


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Published by pluiemexicaine
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