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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 16:23

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2013-12-03 20.02.54 

 Pour la prononciation française on les a rebaptisés Alébrilles. Mais ils sont bien là, chimères géantes telles que les a rêvés celui à qui on en attribue la paternité, Pedro Linarès. Et pour les besoins de cette Fête grandiose ils sont allumés de l’intérieur et se transmettent tout au long de leur déambulation, la lumière les uns aux autres, comme le devraient faire les humains.

Le Directeur de la Compagnie de marionnettes géantes Les Grandes Personnes d’Aubervillers, Christophe Evette, coutumier d’échanges avec des artistes du Burkina ou d’Asie, et qui connaît bien l’Amérique Latine et Le Mexique, s’est tourné cette année vers les Alebriges.

 

Deux mexicains Ricardo Linarès (seulement homonyme du célèbre fondateur des Alebriges, comme en France on peut s’appeler Godard sans être fils du célèbre réalisateur !) ) et Raùl Rosas, tous deux du Musée d’Art Populaire de Mexico et lauréats du premier et cinquième défilé partagent leurs connaissances avec la troupe chargée de cette réalisation.

Celle-ci s’active au cœur de Lyon, Galerie des Terreaux face à l’Hôtel de Ville. Un vaste espace donnant sur l’une des places les plus fréquentées par les touristes et proche des quais de Saône où sortent déambuler ces figures géantes illuminées.

Plasticiens, éclairagistes, techniciens, peintres, ainsi que de nombreux étudiants et enfants bénévoles venant apposer une touche de peinture par ci par-là, la Galerie devient une ruche à idées.

L’activité est intense et content de s’asseoir un moment Ricardo me raconte son lien avec les Alebrijes.01

Son grand père a toujours appris à tirer parti de tout et quand son père ouvrier gagnait trop peu pour une famille nombreuse, la maman originaire de Guanajuato transformait et (recyclait avant l’heure) tout ce qu’elle trouvait. Ricardo me montre une boite de margarine servant ici de pot de peinture. Les enfants avaient aussi le droit de modeler la pâte de Maïs et de manger leurs œuvres. Devenue trésorière de l’école, aux moyens modiques, cette mère a transmis à d’autres mamans ses compétences manuelles. Et les finances de l’école s’en sont améliorées.

Quand Ricardo a passé son bac il écrivait des contes et les mêlant à ceux de ses camarades, l’histoire se développait et prenait des proportions épiques. Puis il s’est tourné vers le théâtre, synthèse de ses aspirations.

C’est là qu’il a entendu parler de Pedro Linarès, père officiel des Alebriges qui en avait rêvé jusqu’au nom lors d’une maladie grave. Le peintre célèbre, el Otentote, l’avait ensuite invité à la fête mythique à l’Académie San Carlos avec ces personnages chimériques, moitié inscrits dans le totem animal des humains, moitié dans les figures carnavalesques du mal ou des puissants.

En même temps Pedro Linarès aidé par une artiste oaxaquenia a inscrit cette création artistique dans la tradition artisanale, elle-même née de songes rituels et des besoins des communautés. Chaque forme, couleur et touche de peinture devient alors la « griffe »d’une communauté.

Certes aujourd’hui nombre d’ objets vendus aux touristes autour des zocalos proviennent directement de Chine, Inde ou d’Equateur. Mais la grande tradition se conserve dans les grands musées d’Art Populaire comme celui du DF ou de Coyoacan. Et se perpétue aussi à travers le défilé et concours annuel des Alebriges.

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C’est ce Premier Concours qu’a remporté Ricardo. Rejoignant la tradition mystique de Linarès il va même jusqu’à parler des vertus curatives des Alebriges. Et sans doute ceux qui passent dans cette Galerie des Terreaux, s’ils ne captent pas directement cette fonction, bénéficient au moins de la force créative et du bien être qui découle de ces travaux manuels et de la concentration et du bien être de participer à une création collective.

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Raul et Ricardo apprécient énormément la facilité avec laquelle on leur fournit le matériel nécessaire. La gentillesse de l’équipe. Et tout en peignant des chapeaux de toile blanche pour les participants, ils ne regrettent que le relatif éloignement de leur hébergement chez l’habitant, qui les fait dormir peu. Invités par Rosario l’animatrice de L’émission America Latina sur Radio Pluriel ils se sont bien sûr retrouvés chez Don Taco haut lieu de la communauté mexicaine et de ses sympathisants. Ils rentreront le 11 décembre à Mexico.

Ils sont surtout heureux que « Christophe Evette fasse tout pour que l’art s’approche de tous » dit Raul. Et que la tradition à la fois mystique et populaire mexicaine trouve ici une autre dimension grâce à la lumière.

Cette Fête des Lumières, est un remerciement Marial pour la ville épargnée par la peste, pensent les uns qui illuminaient leurs fenêtres de lumignons le soir du 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception. Les autres y voient une manière d’honorer les échevins soulagés du départ des Prussiens et prévoyant une basilique en ex-voto sur la colline de Fourvière qui domine la ville.

 Quant à la Municipalité actuelle, fortement maçonne, elle a transformé et laïcisé depuis 2005 cette fête à grand renfort de subventions. Chaque quartier, chaque école d’art participant à sa manière. Avec souvent ma préférence pour la simplicité d’avant-garde des écoles d’Architecture.

Devant la manne de millions de visiteurs, faisant vivre comme jamais les hôtels, restaurants, transports, d’autres villes se sont montrées intéressées. Ainsi la Spécialité Lyonnaise s’est- elle exportée à l’ouest comme à l’Est. Cette année elle a commencé le vendredi 6 décembre et se poursuit jusqu’ au Lundi 9 pour que certains lyonnais abasourdis par l’affluence extérieure puissent ainsi tranquillement en profiter.

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On a donc pu voir les « Alebrilles » trois soirs de suite de 19 à 21h sur le Quai de la Pêcherie. Apercevoir les dessous mécaniques qui les active et saisir les exclamations émerveillées des spectateurs massés sur le parcours ou suivants la parade. S’ils inquiètent un peu les jeunes enfants lorsqu’ils s’en approchent tous ensemble, sans doute ces derniers sont ils davantage impressionnés par la densité de la foule. Ils vont ensuite tourner face à la façade de l’Eglise St Nizier, rappelant alors leur part d’ombre junguienne. Dommage que le batteur compositeur installé comme un prince sur son char dragon et dirigeant un groupe d’excellents musiciens amateurs qui suivent à pied, n’ait pas créé une musique plus mystérieuse parfois, plus enlevée à d’autres moments. Tout le monde ne peut pas écrire Les Nuits Mayas.

En tout cas visuellement la parade franco-mexicaine s’est s’inscrite avec succès dans ces nuits enluminées où les humains luttent contre l’allongement de l’obscurité comme ils ont toujours tenté de le faire depuis la nuit des temps.

www.lesgrandespersonnes.org

www.fetedeslumières.com

 

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Published by pluiemexicaine
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