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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 15:25

mexlupe

 

 

Aux yeux sceptiques ou amusés d’un aréopage fourni et savant, à la Faculté de médecine de Lyon, le médecin expert devant les tribunaux Hubert Barral et son homologue le Professeur mexicain José Carmona, enseignant à l’école des Mines de Saint-Etienne et à la faculté catholique de Lyon, ont exposé le mystère scientifique des yeux de la Vierge de Guadalupe.


Hubert Barral énonce les apparitions, les étapes de sanctification de l’indigène Juan Diego qui les a reçues et les très nombreuses interventions de peintres, photographes, médecins, ophtalmos, chercheurs à la Nasa et à IBM qui se sont succédés pour tenter de percer ce mystère.
En effet sur la tilma (le tablier) de fibre d’agave de Juan Diego, normalement dégradé en 15 ans, se trouve l’image de la Vierge. Visible recto verso. La Vierge y est brune et si son visage clair, le reste de la peau est sombre. Son manteau porte des constellations qui une fois étudiées se révèleraient celles du ciel au jour des apparitions le 12 décembre 1531. Cette pièce de tissu percée lors du nettoyage du cadre s’est reconstituée en 3 jours. Ensuite lors d’un attentat anarchiste de Luciano Perez, tout a été détruit autour sauf elle.

 
Mais le Mystère ne s’arrête pas là. En effet les yeux de la vierge seraient en relief et sa pupille se dilaterait et contracterait comme une pupille vivante. Mieux selon les travaux d’un prix Nobel de Chimie de 1938 l’allemand Richard Kuhn, les fibres pourtant rouge et jaune de la Tilma ne contiennent pas de trace peinture d‘origine minérale. Mieux pour Johnny Bronsfield de la Nasa qui a étudié avec des appareils très sophistiqués et photographié au moyen d’infra rouge, la tilla conserve une température entre 36,6 et 37°, voisine du corps humain. La cape n’a aucune craquelure contrairement à tous les supports de cet âge! Aucune trace d’apprêt. Et selon ces études de la Nasa les couleurs disparaissent lorsqu’on s’approchent et l’image ne serait pas sur le tissu mais en deça : On dit que le chercheur en perdit le sommeil!

mexlupe (7)

Juan Diego dans une église de Puebla,

photo pluiemexicaine
Voilà déjà qui soulève bien des questions… Mais cela se corse avec les yeux de la Guadalupe.
En effet les pupilles qui se rétractent et contractent comme pupilles vivantes, portent des images, deux à l’endroit et une à l’envers comme les yeux. Selon la loi kepler dont un éminent ophtalmologue militaire dans l’assistance dit qu’il n’a peut-être fait que retrouver ce que les Aztèques connaissaient déjà.
Ces images étudiées moultes fois seraient le reflet de la scène lorsque Juan Diego a ouvert sa tima devant l’évèque. Un homme barbu serait l’évèque, un homme à bonnet pointu Don Diego et onze autres personnages. D’autres y voient une image familiale (de quoi alimenter les théories de protection familiale au Mexique) confortée par un bruit de cœur de fétus détecté par un gynécologue sur le ventre de la Vierge.
Chaque étude semblerait conforter la thèse première.
Même si il suffit de lire la contre expertise sur Wikipedia (dont ne parle pas le Dr Barral).
En tout cas ces apparitions auraient été à l’origine de la conversion de 9 Millions d’indigènes.
Bien sûr des miracles ont eu lieu(et selon la définition avec le mystère, ce dernier doit être reconnu par une expertise médico-religieuse). Un petit pêcheur qui s’était crevé l’œil avec un hameçon a retrouvé intégralement son œil sans intervention, autre que divine. L’oncle mourant de Juan Diego a été guéri et visité par la vierge. Un garçon tombé d’une fenêtre sur la tête a survécu sans séquelles…
guada1

Pr. Jose Carmona devant le sacrifice d'Isaac


Mais reprend le Professeur Carmona, outre la réalité subjective et objective du phénomène, le véritable miracle reste social.
En effet avec plus de 8 Millions de pèlerins, venus du seul Mexique,  chaque 12 décembre, l’assistance double celle de La Mecque et de bien d’autres sanctuaires. "De quoi faire réfléchir bien des politiques!"
Et 80% des mexicains se revendiquent Guadalupéens.
En fait le malicieux Professeur reprend les évènements historiques au moment de la conquête espagnole. Multiples peuplades, comme en Europe! Chaque peuple sa zone géographique, jusqu’à ce que les Aztèques nomades qui « comme les Vikings savent très bien faire deux choses tuer et piller  et qui contrôlent les 2/3 des contrées mexicaines. »
Nombre d’entre eux verront en Cortès le moyen de se sortir du joug aztèque et aideront largement à la conquête. Quand au 19e siècle des espagnols anti napoléoniens feront l’indépendance.
Paradoxe. Qui ne semble pas le seul pour le nuancé professeur.
En effet le syncrétisme religieux n’est pas la dernière donne de cette vénération de la Vierge. Très brillamment, il montre comment les mythes religieux du sacrifices, fondateur des trois religions monothéistes avec Isaac, et inscrit dans le mythe des dieux préhispaniques se jetant dans le feu pour réalimenter le soleil, se sacrifiant, préparent les indigènes à accepter la notion de sacrifice, sacrifice humain, visible sur le crucifix qui porte même une entaille au niveau du Cœur. Sacrifice de la messe.
Les archétypes, « sorte d’ADN de la pensée humaine » se rencontrent et s’interpénètrent.
Quant à la vénération de la Vierge Mère, elle correspond à la Mère des Dieux Tonanzin, figure tutélaire et la croyance de toute l’Amerique Latine que rien n’existe dans la nature sans le principe féminin protecteur.

tonanz

Tonanzin Mère des dieux
De plus l’absence du père dans les sociétés métisses, fruit d’une « chingada » (selon le mot d'Octavio Paz) viol et utilisation des femmes indigènes, qui crée une nation "par le double sang : sang versé dans la conquête et sang mélangé dans les enfants qui en sont issus".
Le professeur insiste sur les points communs dans la civilisation mexicaine actuelle et française. "on est sensiblement pareils, même si on râle un peu moins et qu’on sourit davantage! » Jusque dans la politique des deux pays fondée sur des archétypes révolutionnaires.
Mais la Guadalupe a accompagné les guerres. Miguel Hidalgo lanceur du cri de l’indépendance était un prêtre et est sorti avec l’étendard de la Vierge, le grand Zapata avait son image en tissu cousue sur son drapeau.
Cette figure a donc aussi participé de nombreuses guerres. C’est Maximilien, plus franc-maçon encore que Benito Juarez qui a fait du 16 septembre, cri de Hidalgo, la fête nationale, et décrété « avant Marcos » l’indépendance des peuples indigènes. Sans doute ce modernisme trop outrancier  a fait que les conservateurs qui l’avaient réclamé l’ont lâché.
La présentation de ce contexte historique, social et culturel est amusante, nuancée et n’a pas peur des réalités. L’auditoire apprécie.


Bien sûr les grands scepticisme s’expriment rapidement comme celle du Dr Neihdardt professeur d’anatomie à l’université et président de l’Institut universitaire d’histoire de la médecine qui veille sur la pendule. Il évoque le Saint Suaire, la Science en retard sur certains phénomènes, mais qui tend vers une résolution. Peu de questions surviennent : on manque de recul par rapport à l’abondance d’informations. Beaucoup découvrent le phénomène. Et surtout il manque d’avoir vu de près la Tilma, de pouvoir accéder à des expérimentations.
Certains se seraient sans doute attendu à des solutions scientifiques ou à des questions qui fassent progresser. Un voyage au Mexique d’Hubert Barral et des napoléoniens devrait aborder de visu la question.
La partie la plus intéressante est peut-être la façon dont se cristallisent les croyances, dans chaque pays, prenant racine sur les mythes fondateurs.


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Published by pluiemexicaine
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