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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 11:27

 

 

 mexcara (81) - Copie

Ce lundi 5 juillet fut un lundi noir pour les ouvriers de Luz Y Fuerza.

A la Casa Lam une conférence de la Jornada, m'a attiré, n'a finalement pas lieu.  Pas de téléphone pour prévenir celui qui doit m'y rejoindre : A Mexico j'utilise de préférence le téléphone public présent partout. Outre que certains téléphones européens ne fonctionnent pas ou sont incompatibles, les forfaits locaux demeurent hors de prix, grevant vite le budget des mexicains. Je demande à la vendeuse de la boutique Espinoza, elle prétend n'avoir pas de téléphone. Les deux gorilles en costard gris de la conciergerie me regardent d'un oeil méprisant. Absolument impassibles à mes explications : Si je sors mon correspondant risque d'entrer et nous allons passer notre soirée à nous chercher. Pas question de générer de l' inquiétude chez les miens. Les deux hommes ont beau être bardés de téléphones satellite, ils n'ont pas le droit de s'en servir. La jeune responsable très sympa de l'espace culturel me prêterait bien le sien, elle n'a pas de crédit. Elle cherche en vain une solutiion avec moi. La pluie commence à tomber ferme. Des grosses gouttes dans le bassin où un ange masqué continue à ne pas voir la réalité.

Finalement une idée me vient : Le maître d'hotel du restaurant m'aidera sûrement! Ce sont gens d'entregens, débrouillards et je viens de boire un thé et de laisser la propina (poureboire). Il me propose un portable et fait même le numéro. Ouf mon interlocuteur me rejoindra comme convenu.

Je l'attends devant un nouveau thé. Ici comme en France les serveurs ne sont pas tendres avec une femme seule.  Quolibets à voix basse mais suffisamment audibles, comme si je ne comprenais pas la langue!

Mais voici mon ami avec son portefolio en cuir, en chemise, démarche dynamique de sportif. Sa taille, son nez aquilin, sa bouche, il ne peut être que natif. Alors le ton change totalement. Les serveurs s'empressent. Me proposent même une assiette de pâtes au beurre spécifique. Pas d'excès de Chile! Bref nous dînons là aux chandelles, rapidement. Sur les vitres immenses la pluie tambourine.

J'ouvre mon parapluie, un peu petit pour deux. Mon accompagnateur a décidé d'aller à la boulangerie quelques rues plus loin acheter du pain blanc pour son gendre qui doit rentrer le soir même d'assez loin.

Le temps de courir là nous sommes déjà trempés. Mais elle sent si bon cette boulangerie!

Avoir un taxi sous la pluie relève de l'exploit. Nous attendons un bon moment. Finalement en changeant de rue...

Le chauffeur navigue entre les tope et les travaux, on ne voit pas grand chose. Il nous dépose à la station San Antonio.

Le métro est bondé et freine à tout bout de champ. Heureusement on me retient dans les mouvements brusques.

- La pluie, c'est comme ça.

Rien d'extraordinaire pour les citoyens du DF dont la patience semble une des principales vertus. Je pense au métro parisien qui s'enflerait de rage, grognements, critiques contre la RATP, les élus locaux et le gouvernement.

Ici on sourit.

Mais recevant une nouvelle sur son portable mon ami change de visage: "La Cour suprême avalise la fin de l'entreprise Luz y Fuerza". La grève de la faim des électriciens n'a servi à rien. Non seulement ils ne seront pas réintégrés mais la boîte ferme!

Je pense à ces hommes déterminés que j'ai visités quelques jours avant. Quel gâchis!

nous sommes consternés. La pluie n'est qu'un moindre mal.

 

Le métro met deux heures pour rejoindre Tasquena. Nous arrivons à prendre le train léger (entre train et métro aérien ) qui va jusqu'à Xochimilco.

Une voix annonce qu'il s'arrêtera à la moitié du trajet en raison des inondations.

- On va descendre une station avant, dit T. qui anticipe.

Je comprends : ça nous permettra de prendre un camion avant la ruée du terminus. Vive les hommes qui pensent!

De fait nous trouvons des places assises même si nous ne sommes pas l'un à côté de l'autre, dans un petit camion vert.

Au terminus du métro, il est envahi de vêtements dégouttant d'eau. Certains les quittent. Des odeurs humaines très diverses s'effluvent, rassurantes. Cette odysée a quelque chose de primitif. Qui nous fait remonter aux besoins élémentaires de l'humanité. Retrouver sa caverne. Dans un mouvement commun. S'abriter. S'écrouler après une lourde journée pour la plupart.

A chaque arrêt entre montées et descentes ça s'équilibre un peu. Un jeune homme en chemise bleu ciel dort à côté de moi qui penche la tête pour échapper à la gouttière du plafond. 

Nous sommes un peu inquiets pour nos voyageurs qui doivent essuyer le même déluge sur la route. Nous ne les appelons pas pour ne pas les inquiéter eux mêmes. La future maman étant dans le véhicule.

comme par télépathie un coup de fil nous les annonce sur le périf, bondé à  5 à l'heure. Nous nous serrons la main emportés dans une bonne humeur d'aventure. Comme des gamins.

Le camionneur lui  va faire un détour par la Noria à cause des inondations de certains quartiers.

Va pour la Noria avec cette flotte!

Dans la buée on ne voit quasiment rien. A un arrêt nous croise un pousseur de carriole, qui avance dans l'eau jusqu'aux cuisses! Il faut bien rentrer chez soi après sa journée à vendre des bombonnes d'eau. Il va.

Sous ses pieds bouillonnent les plaques rondes d'égoûts.

La radio demande de ne pas sortir les poubelles pendant trois jours. Ne pas agraver la situation sanitaire, sans compter le écueils dangereux pour la circulation par manque de visibilité.

 

Monique 137

 

Enfin nous arrivons au centre ville, d'où nous devons encore nous engouffrer dans un bocho. Rebelote descendons un arrêt avant la foule. Et là je m'aperçois sidérée que le camion n'a pas d'essuie-glace. J'ai envie d'embrasser le chauffeur pour nous avoir amené à si bon port dans pareilles conditions. Il a un sourire d'ange gardien reconnaissant.

Nous aurons mis 4 heures et demi pour arriver. Davantage que nos enfants qui arrivent de 200kms. Une bonne douche chaude serait la bienvenue, si les problèmes d'eau ne s'étaient répercutés sur le réseau. Séchage, café et bon pain blanc suffiront.

Toujours sur le Zocalo, les grévistes électriciens eux subissent en plus du déluge, la perspective d'un avenir sans lumière.

 

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Published by pluiemexicaine
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