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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 13:15

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Benjamin raconte à sa mère sa journée. Devant une tablée familiale silencieuse. Un enfant maya de San Felipe Carrillo Puerto. Il marche aureolé de chants d'oiseaux dans la forêt, joue avec les insectes, et raconte que les animaux dont le jaguar viennent jusqu'aux portes du village. Il explique qu'il est né petit parce qu'une vipère s'est glissée sur la jambe de sa mère et que la frayeur l'a conduite à l'hopital. Après un épisode central édenique où il s'enfonce pratiquement dans la terre jusqu'à une rivière y retrouve son copain et comme tous les garçons du monde ils s'aspergent bruyamment, il remplit sa gourde calebasse et rejoint son père occupé à desherber le maïs dans un maigre champ rocailleux. Le soir l'enfant s'endort dans son hamac. En rêvant de devenir instituteur d'école maternelle pour raconter aux enfants les histoires de son peuple.

Les images sont simples, végétales, beaucoup de gros plans. Le passage le plus étonnant est sans doute celui où attrapant une sorte de cigale géante il en fait chanter les ailes puis lui rend son envol.

Le propos change des visons misérabilistes de nombreux films occidentaux. Pas de genre ONG ici ni commerce équitable et tout cet arsenal néocolonialiste.

Le Photographe Victor Vargas Villafuerte est mexicain vivant au Canada, si l'éditeur Christoph Müller est suisse.

Ce petit film documentaire- mais en est-ce vraiment un? a obtenu jusque là 9 prix dont 7 au Mexique. Fic UAB Mexico 2012, meilleur documentaire DICS DF. Morelos, Puebla... Ainsi que deux au Brésil et Chili.

Le Festival Reflets du Cinema ibérique et latino-americain de Villeurbanne (France) vient de lui décerner le Coup de coeur Regards 2013.

Si je me pose la question du documentaire, c'est que l'onirisme et le fait de conter, omniprésents chez le jeune protagoniste, son rapport très densifié à la nature, donnent au film une dimmension de réalisme magique tellement prégnant dans la littérature mexicaine.

J'ai l'impression de relire le conte de Sub Marcos Les couleurs. Comme si Benjamin était le successeur du vieil Antonio, maya mythique de la forêt lacandonnienne qui transmet à l'ancien étudiant en philosophie la culture de son peuple.

Mais peut-être est-ce là le vrai documentaire? Celui qui ne "montre" pas seulement, mais "pénétre" au coeur de la magie des transmissions et des transmissions magiques.

Car on sent bien la présence du monde occidental, claquettes de plastique aux pieds, tee-shirt à logo américain, mochilla comme le cartable ou sac à dos de millions d'écoliers de par le monde.

Quelque chose, est-ce grâce à la musique de Tumben Kaay, au choeur d'enfants de San felipe  Carrillo Puerto où a été tourné le film, est-ce le mouvement de la marche ou le calme débit des propos de l'enfant, apportent à ce film une sérénité et un "naturel" étonnant. Conforme au voeu des réalisateurs de "rendre hommage à la vie et de la célébrer". Comme une assurance que les deux mondes peuvent cohabiter. Que perdurera grâce à la parole la civilisation maya tant de fois disparue au cours des millénaires, résurgeant comme ces eaux souterraines où se rafraîchir.

 

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Published by pluiemexicaine
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