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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 14:34

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L’engagement auprès de ceux que l’injustice torture dans leur chair et qui privés du plus précieux de leur vie se mettent en marche vers leurs semblables m’était inéluctable. Aussi ai-je suivi pas à pas Javier Sicilia depuis le 28 mars 2011, date de la mort de son fils.

Il y a eu les marches, les caravanes, vers Juarez, puis vers le sud. Des rencontres des conférences de presse, des bilans. Des centaines de milliers de mexicains mobilisés. Un magnifique espoir.

Et puis certains ont accusé nommément le président de la Republique mexicaine de responsabilité dans cette guerre prétendue anti narco.

Certains militants ont vu là une avancée. De grandes plumes se sont accrochées à cette voie.

Hélas il semblerait que cette menace inquiète le pouvoir. Qui a parlé de représailles judiciaires contre les signataires de cette requête. Et, sans doute n’est-ce pas un hasard, on assiste alors à une hécatombe de militants en deux semaines. Parmi les chenus, âgés, sages. Chargés de responsabilités communautaires ou associatives. De surcroît blessés directement dans leur chair parmi les 67 000 morts que compte aujourd’hui le Mexique.

Maintenant ce sont des attaques internes contre les médias libres et les preneurs de vidéo en direct, les reporters et journalistes.

Mais la mobilisation se renforce, s’élargit.

 

Dans le même temps la vie continue au Mexique. Comme toujours. Une vie faite de nécessité, de labeur, d’amour, d’intelligence, de plaisir. Les enfants naissent, prennent le sein, vont à l’école.

Les parents se préoccupent de les nourrir, de les faire grandir. De leur transmettre ce qu’ils sont. Les emmènent au musée.

Les jeunes suivent le cursus scolaire, passent des examens, vont à l’université. D’autres à la rue aux petits métiers du métro, vendent des compils des Beatles à 10 pesos. Chacun suit son chemin. Les professeurs enseignent. Les chercheurs cherchent et les techniciens améliorent la technique. Les commerçants cherchent à vivre de leur négoce. Les avocats défendent leurs clients. Par écrit, ce qui nécessite grande minutie et acuité.

On vote. On manifeste. On perd son travail. On en retrouve. On s’en fabrique.

On s’inquiète du prix du kilo de tortilla passé de 9 à 12 pesos. De l’augmentation de 19% des taxis. Des forfaits mobiles 20% plus chers qu’en Europe.

On garde le sourire. Le goût d’un bon fruit, d’une bonne tortilla,d’un bon café.

Dans les transports en commun on dort. On lit. On étudie assis par terre.

On passe l’argent d’un passager de main à main jusqu’au conducteur qui le glisse dans ses cylindres de pièces. On se presse le soir pour récupérer le denier métro aérien.

De grands concerts ont lieu au centre des villes. Des théâtres, cinémas sont fréquentés et la production y est variée, souvent inventive et de qualité. Une multitude de centres socioculturels offrent des activités pour tous les goûts. Et les tireurs de tarots à l’entrée des banques, des cafés proposent leurs services. Les familles habituées à l’informatique et aux technologie d’avant-garde, gardent aussi leurs traditions culinaires, sanitaires, pratiquent les rites traditionnels du temascal.(bain de chaleur purificateur). Des livres se vendent. Pas assez dit on mais les librairies, bouquinistes, foires du livre abondent.

On fait la fête avec beaucoup de gâteaux et des jus de fruits ou de l’alcool. Et aussi des feux d’artifices et de la musique.

Dans la campagne des chevaux paissent le long des routes et les sacs en plastiques oubliés dans les fossés marquent la race de la modernité.

Le ciel mexicain a des couleurs intenses et fluctuantes. Giovani mon jeune ami trisomique craint que le soleil tombe, à la tombée du jour. Un grand père taxi conduit avec son petit fils de six mois sur ses genoux.

Un peuple de 160 Millions d’âmes suit le cours de sa vie.

Comme il peut. Comme elle va.

Les textes militants font oublier cela?

Oublier l’âme du Mexique.

Pourtant les militants ne réclament que cela. Le droit de vivre en paix, dans la dignité et la justice. Avec les leurs.

Et de pouvoir admirer sur le bassin de Xochimilco un héron solitaire posé sur une bouée.

 

 

 

 

 

 

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Published by pluiemexicaine
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