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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 11:52

accionp 01

Mois de Mars, mois de la poésie. En France, il faut dire que la belle dame passée l'école maternelle n'a pas les faveurs qu'elle devrait. Ailleurs c'est différent. Je me rappelle comment dans l'arrière salle d'un café, des dizaines de russes notaient avec des crayons de papier les vers de Vladimir Vysotsky. Comment cette amie roumaine sous Caucescu me disait "la poésie nous sert de code secret. Les métaphores ont un double sens. Nous résistons avec et grâce à elle."

Au Mexique la poésie s'affiche sur les murs support par excellence de l'art populaire. Depuis les actions poétiques démarées à Monterrey en 1996. Elle a gagné le DF. Elle constitue un contre poison du chaos, de la terreur, du poids de l'existence.

Elle allège. Non comme une fuite mais comme un autre angle de vue sur le réel.Tous les poètes n'ont pas la même réaction face à la douleur. Certain comme Javier Sicilia ont décidé qu'il n'y avait plus de mot depuis l'assassinat de son fils. Il a prononcé son dernier poème à Cuernavaca après la mort de Juan Francisco. Mais Sicilia sème le poème d'un autre dans toutes ses interventions publiques. Jusqu'à la très officielle publication de la Loi des Victimes.On voit l'assitance étonnée, surtout les gouvernants qui n'ont pas souvent (hormis Senghor, Pompidou, Césaire) l'habitude de cet art.

Victor Hugo, lui après la noyade de sa fille Léopoldine a continué à écrire. Il faut dire que toute sa famille vivait de sa plume.

Comment faisait il? Et puis on comprend

 Demain dès l'aube à l'heure où blanchit la campagne,

 Je partirais vois tu, je sais que tu m'attends"(...)

 Je ne regarderais ni l'or du soir qui tombent,

 Ni les voiles au loin descendant vers Honfleur,

 Et quand j'arriverai je mettrai sur ta tombe,

 Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur."

 

La poésie a ses cercles fermés, une dizaine d'auditeurs à chaque intervention. Au Mexique aussi. Mario Murgia Elizalde professeur à la UNAM explique que "l'obstacle majeur est l'idée reçue de sa difficulté à la lire et à l'entendre. Elle resterait indéchiffrable pour tout autre que son auteur." Et en effet tous les poètes n'ont pas la clarté de ceux d'Octavio Paz. (Même si à la fin de sa vie il s'est adonné à un certain hermétisme).

Ce jour là Consuelo m'avait invitée au centre Culturel où des poètesses et un poète un peu égaré au milieu, lisaient leurs oeuvres. La brochette était très sérieuse et je pensais à des poètes pour qui le rire et la provocation peuvent s'allier. Prévert, Paul Fort, Jorge Harmodio. L'une des poétesses, stricte comme une duègne s'était mise à égrenner un psaume narcissique à son prénom. Consuelo avait été prise d'un fou rire communicatif. Et sa fille avait préférer quitter la salle. Cette séance me rappelait un théatre de poche où j'avais trainé mes basques pensant qu'à la grand-ville devaient bien exister de grand poètes! Mal m'en pris. On s'y congratulait comme dans les Précieuses Ridicules, et les mêmes égos étranglaient les mots. Heureusement il y avait aussi dans cette métropole plus secrets, presque invisibles des poètes dont les publications underground valaient le coup. Ce souffle soudain qui vous remplit, vous happe, vous emporte ailleurs. Un trip peut-être? Sans effet secondaire dévastateur. Nique les narcos, lit de la poésie.

Nourri à la Légende des siècles, passé l'âge des poèmes de circonstance il m'est arrivé de traverser le pays pour aller écouter Mahmoud Darwich ou Abellatif Läabi. Qui n'ont pas été des poètes de cour, mais que la poésie a aidé à supporter, la guerre, la prison. L'été sous une tente ouverte Mohamed El Hamraoui, poète philosophe lit et commente des poètes de langue arabe, dont la vie n'a pas toujours été une sinécure. Car le poème comme chez René Char peut naître en plein maquis, tandis qu'on monte la garde. Irrépressible, il revient sur le papier quand il le faut.

Plus, il est une arme à lui tout seul. "Arme de destruction massive" disent les résistants mexicains à propos du livre.

Desnos en pleine occupation trônait à la radio.Cela a fini par le conduire derrière les barbelés. Où ce médium incomparable disait encore de la poésie pour distraire ses codétenus.

Séphane Hessel qui savait par coeur des kilomètres de vers a dit à quel point la poésie permet de tenir.

Je racontais récemment à Bernard Pivot que devant Albert Cohen lisant un poème dans une émission d'Apostrophe retransmise à Mexico, je me rendis compte que tous les miens avaient suspendu leurs activités pour écouter. Dans un silence étonnant. Oui ils aimaient la poésie. Quelque chose était passé au fil des générations.

Agencement musical des mots, justesse entre contenu et contenant. Précision extrême des images. Et la poésie a quelque chose à voir avec le mantra. Transforme la matière verbale et transforme celui qui la reçoit.

Alors elle a raison de s'afficher, de s'écrire sur les murs, de se répandre comme une traînée de poudre salutaire. Nique les narcos, snife de la poésie.

Un jour je disais le Samouraï de Hérédia dehors devant la boutique d'un ami libraire. Et tout à coup, montant la rue, lentement, une longue chevelure soyeuse, vêtu de blanc et rouge, a paru un japonais. La parole peut-être comme un phéromone avait guidé là la figure du poème. Les mots avaient ils matérialisé le Samouraï? Le public subjugué croyait que j'avais prévu cette arrivée. Rien. Un de ces cadeaux de la vie. Synchronicité yungienne. Mais bien sûr je crois au pouvoir de la Poésie. Sinon je n'en parlerais pas.

 

  accionp 02

 

Ce n’est pas une affaire d’épaules
ni de biceps
que le fardeau du monde
Ceux qui viennent à le porter
sont souvent les plus frêles
Eux aussi sont sujets à la peur
au doute
au découragement
et en arrivent parfois à maudire
l’Idée ou le Rêve splendides
qui les ont exposés
au feu de la géhenne
Mais s’ils plient
ils ne rompent pas
et quand par malheur fréquent
on les coupe et mutile
ces roseaux humains
savent que leurs corps lardés
par la traîtrise
deviendront autant de flûtes
que des bergers de l’éveil emboucheront
pour capter
et convoyer jusqu’aux étoiles
la symphonie de la résistance

 

Abdellatif Lâabi

 

 

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Article SinEmbargo Accion poetica

 

 

Voir aussi Anthologie de la litterature Mexicaine contemporaine sous la direction de Philipe Olle-Laprune

lire Rogelio Guedea

 

Les amateurs de poésie mexicaine, peuvent apporter en commentaire des éléments sur leurs goûts poétiques

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Published by pluiemexicaine
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