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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 00:00

J'ai décidé de passer quelques jours à Puebla.

j'arrive sous un grand soleil. Par l'autobus depuis la station routière de Tasquena à Mexico.

Le taxi, père de 7 enfants à qui je demande conseil pour loger près de la merveille Santo Domingo m' indique une posada "pas très chère où descendent beaucoup d'étrangers".

- Elle doit être dans le guide du routard!

Ce n'est pas que je recherche la présence de mes compatriotes. Et leur manque de délicatesse envers les mexicains vaut à lui seul tout un article. Mais être à deux pas de la fameuse "chapelle tout en or" dont m'ont parlé mes enfants me convient tout à fait.

Côté confort c'est lit à étage et musique jusqu'à deux heures du matin. Plutôt genre auberge de jeunesse. Supplément et caution pour le linge de toilette. Certes abondant. 

Mais la connection internet en bas, attire un jeune mathématicien coréen spécialisé en cryptologie.

Espion en puissance? En tout cas fort civil et tout en délicieuses courbettes auxquelles on se met si volontiers.

Mais ce qui m'intéresse c'est voir Puebla dont les 1000 églises," tu connais l'histoire! auraient été bâties par les anges en une nuit", m'a raconté mon amie Silvia.

L'or des chapelles, cet or récupéré par les espagnols mais travaillé par les indigènes, un travail minutieux, une manière pour eux de perpétuer leurs savoirs faire même sous la férule des conquérants.

Et puis je me glisse dans la maison des frères Serdan chausseurs et révolutionnaires. Ne me laisse pas tenter par les dulcès (fruits confits pâtes de fruits, dérivés sucrés de fruits) ce sera pour plus tard.

D'ailleurs voilà la pluie. Et je glisse d'église en église. Façades de toutes les couleurs, dômes exubérants, ambiances très variées.

mexbest (653)

A la cathédrale se donne une messe pour la fin d'étude d'un pharmacien. Toute la famille est là. Au Mexique on fête la sortie de maternelle, d'école primaire et ainsi de suite tout le cursus.

Mais Dieu que l'organiste chante faux!

Je suis interpellée sur le parvis par un étudiant orthodontiste dont le frère en étude en Europe a épousé une française. Il me demande ce que je pense de son peuple.

Je dis mon admiration pour le courage à survivre dans des conditions économiques diffiiciles. La gentillesse des gens dans la rue, le métro, les camions. Cette aptitude à communiquer qui se perd tant en France malgré toutes les protestations de citoyenneté exemplaire, fête des voisins et autres leçons de vie que nous autres français sommes habitués à donner. Du haut en bas de la pyramide d'ailleurs.

Le jeune homme est content. Parce que sa belle soeur n'a pas du tout le même point de vue...

Mais en l'abritant de mon parapluie je me suis découvert le dos.

Trempée je laisse donc s'en aller joyeux ce jeune poblanais.

Et rentre prendre une douche bien chaude.

Mais toujours glacée au bout de 10'.

-Normal, me dit la direction il faut attendre encore un petit quart d'heure.

Etant donné les problèmes d'eau surtout avec les fortes pluies je ne suis pas étonnée.

Je finis par me réchauffer et repars mieux équipée pour de nouvelles visites.

mexbest (656)

 

La bibliothèque Palafoxiana est si époustouflante : 500 000 ouvrages que je manque de m'y évanouir. Luxe de livres, d'étagères, de savoir.

Je n'en ai jamais vu de pareilles.

On me dit que je pourrais venir y faire des recherches si je le désire.

Plutôt deux fois qu'une!

En bas se trouve le MUTEC musée de gravure et c'est là un de mes buts à Puebla. Voir les deux expositions Toledo.

Francisco Toledo pour moi le plus grand artiste mexicain vivant a fêté ses 70 ans ici.

Lui a qui Picasso et Braque ont acheté des oeuvres. Qui vint à Paris pensant y vivre. Et revint au Mexique parce que son père était venu lui faire part du désir de mariage d'une femme de son peuple.

Père de la poétesse Natalia Toledo dont il a illustré la Légende du lapin et du coyote. 

Ses gravures illustration du livre de Kafka Communication à une académie, mis en scène à Paris par Jodorowski au Lucernaire, sont exposées là.

Toledo se délecte dans la représentation du singe hominifié. Le singe mélancolique étudiant les techniques à Paris, c'est un peu lui, no?

Sa gravure est dynamique, fine, inventive. Comme ses céramiques. Elle donne à rêver.

Une deuxième expo de ses petites photos érotiques laisse perplexes et riant sous cape quatre jeune étudiantes.  

Je préfère le Toledo graveur.

La bibliothécaire qui a gardé mon parapluie et ma mochila pour que je puisse commodément visiter me parle de la simplicité de l'artiste.

- Il portait un costume de manta pas repassé!

Elle évoque sa vie amoureuse qui serait... tumultueuse.

- Comme beaucoup d'artistes?

Et son émotion lors de la célébration de ses 70 ans.

- presque les larmes aux yeux.

Mais surtout elle me dit qu'il a donné une très grosse somme d'argent au centre de gravure pour le faire vivre.

Je sais aussi qu'il a payé des cautions et des avocats pour les oaxaquenios rebelles emprisonnés en 2006. Après la tentative de révolution. Au risque d'être aujourd'hui snobé de certaines manifestations officielles à l'étranger.

Et tout cela discrètement. Je parle avec Guillermo conservateur de ce lieu. Il me parle du papier Amate,  l'arbre qu'une grosse firme saccage et des acides qu'elle utilise. Lui connait des chamans dans un village pas loin qui savent recueillir la précieuse fibre sans tuer l'arbre, comme avant la conquête. Il m'invite pour l'exposition d'une graveur français. Dans un mois. Hélas je serais repartie la veille. Je suis comblée par ma visite à la Maison de la Culture. Livres et gravure. Il ne m'en faut pas plus.

 

Dans le grand patio du centre culturel un entonnoir central recueuille des trombes d'eaux. Une belle astuce architecturale.

L'art et le fonctionnel réunis. L'art et le bien être humain. 

 

 

P1050823 

 

 

 

 

 

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Published by pluiemexicaine
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commentaires

Elo 09/03/2011 21:14


Ca me rappelle mes souvenirs au Mexique... Merci!


16/03/2011 13:29

Ravie que ça touche ceux qui voient le monde un peu plus de l'intérieur.