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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 11:54

nuages

 

Quelques nuages en février, annonciateurs de pluie hors saison ou saluant le retour d'Hector Belascoàran dans sa ville de Mexico. Des flaques, des impers, cela ne pouvait laisser indifférente Pluiemexicaine.143 pages publiées en 92, mais on ne peut plus parlantes de l'actualité mexicaine.

Sa belle famille exterminée, Anita violée et menacée si elle ne renonce pas à un héritage plus que douteux mais amie d'enfance d'Elisa la soeur du détective, voilà ce qui peut ramener au DF un Hector amoché, boiteux, borgne et miné par les dégats collateraux de sa dernière enquête.

Tant d'argent ne peut être que sale. Et Belascoàran doit trouver deux anges gardiens à Anita. Evidemment pas ordinaires. Deux anciens catcheurs mexicains, El Horrores et El Angel, aux petits soins, sentimentaux, la larme à l'oeil. Taïbo a vraiment le chic pour trouver des personnages inattendus.

Le premier suspect Le Rat a cotoyé Hector sur les bancs de l'université, mais au lieu d'obtenir son diplôme d'ingénieur, il est vite devenu agitateur professionnel, violent, sans scrupules, dérivant dans la drogue et la délinquance non politique. Ce type de personnage existe dans toutes les universités du monde mais les plus habiles finissent politiciens. Le Rat ne moleste pas Hector mais envoie devant lui son chauffeur, neutraliser un écrivain habitant à la Condessa, rue Etla.  Qui est donc cet  écrivain qui "pesait 78kg et il n'aimait pas se faire traiter de gros peut-etre parce qu'il l'était réellement.(...) des lunettes dorées sur un nez qui s'appuyait sur une moustache fournie mais rebelle." ? Naturellement c'est Taïbo2. Menacé pour l'écriture d'un roman basé sur une enquête journalistique. Comme ont pu l'être de nombreux écrivains, Enrique Serna, Sergio Gonzales Rodriguez, Obligés de mettre leur famille à l'abri très loin.

Mais "L'écrivain "a une petite fille Flor de Perlas, fruit adulérin d'une femme d'ambassadeur philippin, muté à Lisbonne. "La fillette dort dans sa chemise de nuit avec des oursons imprimés". Elle veut faire de la gymn, va à l'école, comme des millions d'enfants mexicains, dans la sécurité de l'amour familial. Seul le crime, le déplacement forcé, la violence d'état peuvent casser leur cellule douillette. Mais cette réalité-là mine le pays.

"- Putain de Pays, quelle saloperie quand même. Nous les fantassins on est vraiment à poil. C'est sans issue". Conclut l'écrivain qui avoue :

 "moi la violence me paralyse  Je suis un mexicain qui a la trouille. Pourquoi tu ne pars pas?

- Parce que je suis un idiot (répond Hector) En plus la violence me déconcerte, me fait sortir de mes gonds, mais ne me paralyse pas."

Tous deux en viennent à la même conclusion : Le Rat n'est qu'un intermédiaire, un sbire. Au- dessus se trouve le véritable acteur - en droit pénal  mexicain, on utilise la formule largement reprise par la presse  " el autor intelectual"du délit. 

Ce cerveau ne peut être qu'à un poste important politique ou policier. Petit délinquant monté en grade jusqu'au sommet. On se croirait dans une enquête d'Annabel Hernandez sur Garcia Luna et son entourage.

Et c'est bien là que les écrivains, journalistes, avocats, juges, peuvent être tétanisés: les plus hautes instances de l'Etat reposent sur des affaires et des finances plus que louches.

Un des passages du roman résume la filière des prélèvements successifs depuis le procès verbal de circulation jusqu'au rapports judiciaires, de petites sommes dans la poche de l'agent, de moyennes dans celle de son supérieur hierarchique et d'énormes dans le coffre du chef de la police.

Mais comment s'en prendre à celui-ci? La presse n'osera pas, le public n'y croira pas, les instances judiciaires riront.

Seuls l'intelligence, l'imagination, le courage- parfois au péril de la vie- permettront de neutraliser ces hyper-voyous. Ce que font au Mexique aujourd'hui, des juristes, des mères et pères de disparus, des citoyens anonymes intelligents.

Le roman de Taïbo évite ainsi d'attribuer systématiquement comme le font trop vite les médias européens, la responsabilité de tout acte délictueux aux cartels.

Il s'avère comme il l'écrit que les responsabilités sont à chercher en premier lieu dans la famille. Ainsi pour bien des enlèvements comme celui d'Ezequiel Elizalde avant que son oncle un ancien de la police ne l'ait convaincu d'accuser Vallarta. Et accompagné sur un plateau TV.

Cet echange entre une réalité redoutable et l'imaginaire fait l'excellence des polars de Taïbo2. La rencontre loufoque entre l'écrivain et son héros, leur sympathie, leurs échanges, les livres qu'ils se prêtent, (et on ne révèlera pas la fin!) , matérialisent les identifications et les questions de paternité littéraire. Au-delà même de la résolution " Emma Bovary = Flaubert" Taïbo va jusqu'à se demander : Qui écrit le livre?

 

 

Quelques nuages

Paco Ignacio Taibo II

Rivages/ Noir

Excellente traduction Mara Hernandez et René Solis

Ci-dessous video d'une conférence de Paco Ignacio Taibo II à la UNAM exposant sa vision comparée des jeunes de 68 et de 2012

 


 

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Published by pluiemexicaine
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