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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 13:36

Je payais le kilo de tortilla 9 pesos en août 2010. Début 2011 il est passé à 14 pesos, dans les états les plus producteurs de maïs, 15 dans la capitale. Le voilà menacé de passer à 25 voire 27 dans les six mois.

Les haricots eux, ce délice de la cuisine mexicaine, si riche en nutriments franchiraient le cap des 30 pesos.

Ces deux ingrédients constituent la base de l’alimentation. La moyenne de consommation de la tortilla est de 90 kg par an et par habitant. À Multiplier par 120 Millions d’âmes.

L’annonce provient des organisation paysannes et a éclaté hier dans la presse (Jornada, SpeNoticias…)

La veille de l’inauguration dans la capitale du coûteux monument calderonnien Estela de Luz.

Cette stèle de lumière dont la construction a été ralentie par suite de scandales de corruption dans sa gestion devait commémorer pour le bicentenaire les héros mexicains. Autant de pixels de lumière sur une colonne. Qui régnera sur le Paseo de la Reforma non loin du haut quartier de Chapultepec.

Son prix est passé de 200 millions de pesos à 1035 millions quinze mois plus tard. En raison d’achat de ciment et matériaux à l’étranger.

L’équivalent de pas mal de kilos de tortilla et de frijoles.

 

Causes explicites ou tues : sécheresse, biocarburants, majijuana, spéculation

 

La hausse des produits de première nécessité serait due à la sécheresse importante dans les états producteurs. Sonora en tête. Le rendement serait très inférieur aux années précédentes d’après les lieder des organisations paysannes CODUC et CIOAC. Des millions d’hectares ne seraient pas ensemencés. La récolte ne dépasserait pas cette année les 17, 18 Millions de tonnes contre 23/24 les années précédentes. Pour ce qui est des frijoles seulement un maximum de 400 000 tonnes contre 1 Million 200 en 2010.

 

Alertés les députés avaient demandé un plan sécheresse refusé par le président de la République. Peut-être y a-t-il un intérêt à importer davantage que le 40% de mais des Etats-Unis? Favorisant CARGILL & Co le géant de l’agroalimentaire US. Maïs contre armement?

 

Outre la sécheresse la libéralisation du prix de la tortilla en 1999 avait déjà fait s’envoler les prix et donné lieu à des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Mexico. Si les politiques ne freinent pas les prix des denrées de bases dans le monde entier, les famines ne feront que s’amplifier, enrichissant les spéculateurs qui achètent, stockent et revendent ensuite des produits mal conservés et parfois dangereux pour les consommateurs. Oxfam et d’autres ONG se sont plusieurs fois alarmés de ces pratiques.

 

Autre raison connue de la diminution des terres destinées aux cultures vivrières, leurs remplacement par des biocarburants. Maïs destiné aux automobiles, Agave tequilana dans zones sèches, Jatropha dans l’Etat de Veracruz. Le Mexique s’est engagé à produire 40 millions de litre de biocombustible à partir de 2015.

Mais la population ne se nourrit pas d’éthanol!

Et de ces carburants servant bien sûr à l’exportation et au tourisme, les bénéfices ne vont certainement pas être redistribués aux populations les plus pauvres.

 

Enfin des pressions permanentes sont opérées sur les agriculteurs. Par les mafias de l’ensemencement comme Monsanto qui interdisent la réutilisation des graines et en manipulent les prix et par les cartels divers et variés. Certains paysans doivent transformer leurs champs en marijuana et pavot. S’ils s’attachent à leurs cultures vivrières il leur est demandé des redevances de protection. L’Etat de Sinaloa très agricole (haricots, riz et blé) est aussi très infiltré. Comme la plupart des états du nord. Les fabricants et marchands de tortilla ne sont pas plus libres.

 

Alimentation et liberté

 

Lorsqu’un pays autosuffisant devient de plus en plus dépendant de ses importations il perd par là même sa liberté. Alors à quoi bon exalter dans la pierre les révolutionnaires du passé qui lui avaient donné cette liberté? L’alimentation saine et suffisante, nourrit aussi les esprits qui   

feront le pays demain. Au lieu que la mal nutrition peut conduire à chercher dans des expédients ses moyens de survie et augmenter la violence. Les gouvernements en ne préservant pas cet aspect basique de la vie de leur peuple se chargent d’une faute majeure.

Affamer c’est aussi tuer.

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Published by pluiemexicaine
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