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Depuis les origines de notre bien aimé Mexique, nous nous réunissons ce jour pour commémorer nos morts. Mais aujourd’hui est un jour spécial. Car des milliers d’entre eux sont la conséquences de l’immoralité atroce qui s’est emparée du pays et traduite en crime, guerre et deuil.

Ce deuil sans nom, était réduit jusque là à l’assassinat impuni et la criminalisation minimisée, à des statistiques limitées à l’épithète grossière : « dommage collatéraux ». Menace, mépris et injure, tout cela surgit pour nous montrer leurs noms, leurs histoires, leur dignité arrachée. Pour que nous nous mettions à redécouvrir notre humanité.

De fait nous avons étés confrontés à ce deuil. Tenus à garder le silence, à repasser et repenser l’histoire de nos morts et nos histoires, à rester révoltés, à maintenir nos colères, peurs, haines légitimes, nous nous sommes mis à nu et nous sommes fait violence pour marcher, compatir,embrasser, consoler, dialoguer, réprimander, et nous libérer de sa violence et de son horreur. Nous avons appelé Mouvement pour la Paix, la Justice et la Dignité, ce cheminement qui en rendant nos morts visibles, a montré l’urgence nationale et la dette de justice et de Paix que nous avons envers eux, et chacun il nous est permis de nous reconnaître dans ce deuil collectif qui nous unit et auquel, hélas! maintenant, ajoute chaque jour un visage et un nom nouveau.

 

Ce n’est pas un chemin léger. Il pèse beaucoup. Mais nous devons le faire, nous l’avons décidé, parce que nous cherchons à arrêter cette machine de mort qui a de nombreux et complexes engrenages, certains dont la destruction de l’éthique, la corruption de certaines de nos autorités, l’impunité, la destruction du tissu social national, et l’excès et l’abus de gain matériel et une logique criminelle, militaire et politique qui menaçant et détruisant nos vies, notre liberté et notre démocratie.

 

Les bandes criminelles qui asphyxient notre territoire ne sont pas des groupes isolés. Leurs réseaux de violence gagnent maintenant beaucoup de nos instances gouvernementales mais aussi touchent les flux d’argent qui vont et viennent entre les banques des Etats-Unis et celles du Mexique, s’étendant à l’économie de nombreux pays, générant le commerce illégal d’armes et une stratégie de guerre tant de la part du gouvernement que les criminels.

En ce jour de commémoration de nos morts nous voulons dire d’ici, de l’Ange de L’indépendance, que cette expérience de deuil qui s’accumule et nous broie le cœur ne peut continuer. Combien de larmes messieurs les délinquants, combien de souffrance messieurs les gouvernants, nous faut-il supporter encore pour que vous vous rendiez compte que nous sommes tous perdants, tous, comme êtres humains et comme patrie?

 

Les criminels ignorent la souffrance. Ils ont perdu tout sens humain, c’est pourquoi ils assassinent si horriblement et avec mépris. Quant au politique il l’ignore, cela ne fait pas partie de son vocabulaire, il se contente de collecter ses statistiques qui a l’instar des criminels changent le nom des morts en numéro. Souvent il est vrai cela n’apparaît même pas dans les discours de campagne, étrangers à l’émotion que nous vivons, parce que les politiques ne se rendent pas compte que ce deuil est le résultat de leur conception équivoque du phénomène de la drogue, de leur manière de la combattre, mettant la production et la richesse au dessus de la moindre vie humaine.

 

A y bien regarder, de la souffrance, la douleur des victimes et l’urgence nationale le seul effet de cette guerre est de changer les bandes criminelles en corporations de la violence et micro entreprises de mort et de peur.

Les politiques, tant des USA que du Mexique, ne cherchent pas à savoir qui consomme la drogue, quels liens culturels et historiques expliquent ces habitudes et pratiques, quel rapport entre le concept économique dont il font l’éloge et la promotion avec le crime, concept en crise, qui éclate dans les milles autres visages de la violence structurelle fissurant les formes humaines de la vie- ce que nous appelons statut social. Et ça ne les intéresse pas parce que la politique comme le crime est source d’enrichissement, de pouvoir et de privilège, quelque en soit le coût.

Ces coûts- et nous n’avons pas cessé de le dire en cherchant à rendre nos morts visibles et en unissant nos deuils, en parcourrant en long et en large ce pays- ne relèvent pas de l’offre et de la demande mais de la cruauté systématique qui ignore la douleur, qui se répand et gangrène tout le territoire national. Et qui détruit son âme.

La cohésion originelle qui provient de la confiance et de la certitude que nous avons de veiller les uns sur les autres et entretenir la terre aimée.

De là, de ce cœur, nous disons et nous nous disons, que le sens profond de la politique est de diminuer la souffrance collective. Cela qui peut s’entendre comme un principe éthique, est, en ce jour, le centre d’ société qui se précipite vers l’abîme, l’unique réponse réelle, l’unique voie royale pour reconfigurer les intérêts - L’être ensemble, dans un monde commun, comme une table au milieu de ceux qui s’assoient autour-

de la nation, et pour aider à établir la justice et la paix. Si réellement nous écoutons la douleur, si vraiment nous assumons la mémoire de nos morts, nous pouvons entre nous trouver au niveau politique des idées qui créent de la justice et assurer un chemin de paix.

Pour cela aujourd’hui, sous les ailes de l’Ange de l’Indépendance, face à nos morts, à leurs noms, à leurs vies et à notre deuil qui est celui de la patrie nous disons aux criminels que nous en avons marre de leur imbécillité et de leur enfer, et que nous ne céderons pas jusqu’à ce que nous ayons retrouvé la dignité et l’indépendance ici représentée.

Nous disons aux politiques que :

1) Nous exigeons une véritable procédure d’attention aux victimes- dont on doit changer, je l’ai déjà dit au président Felipe Calderon le nom actuel- « Procédure d’Attention aux Victimes du délit » en « Procédure d’Attention aux victimes de la Violence, et abus de pouvoir, c’est-à-dire digne de l’Etat, avec ressources propres et suffisantes et une majorité issue de la société civile dans son conseil. Une procédure à la hauteur de l’urgence nationale du pays. Dans ce sens nous donnons un vote de confiance aux premiers membres Miranda de Wallace, Maria Elena Morera, Araceli Rodriguez, Julia Alonso, Mme Mejia, Edouardo Gallo et toutes les nombreuses victimes de toutes les régions qui mènent des luttes exemplaires pour que cesse l’impunité au Mexique.

2) Nous exigeons un mémorial qui porte constamment le nom des victimes de cette guerre, pour qu’on s’en souvienne et qu’on n’oublie pas, nous et les générations futures que cette atrocité ne doit plus recommencer dans ce pays. Nous demandons pour eux une partie du Bois de Chapultepec et une partie pour son édification. Et le projet doit être soumis à un concours ouvert. L’Etat a l’obligation de reconnaître la perte engendrée par ces victimes.

3) Nous exigeons des peines exemplaires pour les politiques quui frayent avec le crime organisé. Chaque partie sait très bien quels sont les siens.

4) Nous exigeons de même une drastique et transparente séparation des partis avec le crime organisé. Ce qui signifie n’accepter aucun candidat ou candidate faisant collusion et de ne donner aucun peso aux narcos ou à la délinquance. Qu’ils dénoncent toute menaces, extorsions pouvant entraver le processus électoral

5)Nous exigeons un plan de démilitarisation du pays, de renforcement des institutions civiles et une loi de sécurité nationale humaine et citoyenne. Nous ne voulons plus de victime ni disparition.

6)Nous exigeons l’apparition de tous les disparus de cette guerre. S’ils sont morts savoir ce qu’il en est de leur corps et s’ils sont vivants les voir rentrer à la maison.

7)Nous exigeons qu’une large place soit accordée à l’éducation et à l’emploi qui garantisse aux jeunes mexicains plus d’options d’éducation et la sauvegarde de cette population dans les régions à haut risque criminel où le crime trouve en eux leur armée de réserve.

8) Nous voulons la restauration du tissu social par le respect des règles et la reconnaissance des communautés indigènes.

9)Nous voulons enfin que les routes du Mexique redeviennent sûres et libres de circulation aux citoyens sur tout le territoire national.

 

Avant les élections proches, n’oublions pas que tous les partis sont faibles et jusque là complices du crime. Pour cela même ils ne nous garantissent ni état de droit ni démocratie totale. Si nous citoyens ne sommes pas mobilisés pour transformer pacifiquement la violence cette spirale de victimes ne finira jamais. Pour cela nous insistons pour une véritable réforme politique qui rende aux citoyens Mexicains leur destin national.

 

Aujourd’hui où nous commémorons l’un des mystères les plus profonds de la vie, le mystère dans lequel, comme dans l’amour, se touchent le visible et l’invisible, le mystère et la profondeur de la vie nous obligent à méditer et à rencontrer le mystère de chacun pour l’offrir à nos aimés qui sont partis et nous ont été brutalement arrachés.

 

En ce jour sous l’aile de l’Ange de l’Indépendance, nous appelons toute la Nation à ne pas répondre à cette violence, menace, par l’intérêt et la peur. Nous appelons à rester unis et à continuer dignement, portant les beaux regards lumineux de ceux qui sont partis et la résonance de leurs paroles aimantes qui nous accompagnent.

Mexico est résurrection. Ne l’oublions pas.

1 décembre 2011

Ange de l’indépendance, Mexico D.F

 

 

 

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